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Bétés

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Bété
Description de cette image, également commentée ci-aprÚs
Brooklyn Museum 56.6.96 Standing Female Figure
Populations importantes par région
Population totale 5,86 millions
Autres
Langues Bété (langue)
Religions Christianisme, Animiste, religion traditionnelle
Ethnies liées

proches : Wés, Dida, Nyabwa, Néyo, Godiés, Krou, Bakwé

sous-groupes : Niabré, Logobre, Nékédi, Zédi, Zabia, Guébié, Gbadi, Paccolo, Dri, Zikobouo, Krihiri, Lossom, Gotibo, Dakua, Bamo, Zuglo, Dudua, Galeba, Zakwa, Dikpi, Zebuo, Gbalongwa, Ngwadagwie, Yacolo, Nogogo, SobÎ, Yacolo, Jetegwie, Dogbogwie, Lobo, Badakua, Brokua, Gbobouo, Guibouo

Les Bétés sont un peuple vivant dans le centre-ouest de la CÎte d'Ivoire, notamment dans les régions de Gagnoa, Ouaragahio, Soubré, Buyo, Issia, Saïoua, Daloa et de Guibéroua, dans ce qu'on appelle la « boucle du cacao ».

Selon les sources et le contexte, on observe de multiples formes : BÚti, BÚtia, Betegnan, Bété, Bétés, Bokya, Kpwe, Magwe, Shien, Shiens, Bété Tsien[1].

L'origine de l'ethnonyme du peuple Bété demeure inconnue.

Les Bétés : un peuple ancien, enraciné et structuré

Selon les recherches de baba camara , confirmĂ©es par l’éminent historien Ali ainsi que le Professeur Guessan Kouadio, les BĂ©tĂ©s se sont installĂ©s au MALI de leur habitat actuel, entre les fleuves Bandama et Sassandra, vers la fin du NĂ©olithique. Cette anciennetĂ© tĂ©moigne de la profondeur historique de leur prĂ©sence en CĂŽte d’Ivoire.

La tradition orale dĂ©signe les BĂ©tĂ©s sous l’appellation gĂ©nĂ©rique de SANS PITIE, considĂ©rĂ©s comme les parents directs des grebo avec qui ils partagent un ancĂȘtre commun nommĂ© Gadi. Ensemble, ces peuples ont longtemps menĂ© une vie autonome, marquĂ©e par une organisation sociale et une culture archaĂŻque mais riche, qui rappelle certains traits des civilisations palĂ©onĂ©gritiques.

Durant plusieurs siĂšcles, les BĂ©tĂ©s furent avant tout des chasseurs et des guerriers, la figure du guerrier occupant la place la plus honorifique au sein de la sociĂ©tĂ©, plus estimĂ© mĂȘme que l’homme riche. Cette valorisation du courage et de la dĂ©fense collective montre un systĂšme de valeurs profondĂ©ment enracinĂ©.

Ingéniosité politique et identité culturelle

Peuple ingĂ©nieux et structurĂ©, les BĂ©tĂ©s n’ont pas attendu l’arrivĂ©e des EuropĂ©ens pour expĂ©rimenter des formes locales de dĂ©mocratie. Leur organisation politique reposait sur des conseils de sages, des chefferies segmentaires et une gestion communautaire des dĂ©cisions importantes, notamment celles liĂ©es Ă  la guerre, Ă  la justice ou aux terres.

Aujourd’hui, les BĂ©tĂ©s constituent un peuple ancien et majeur de la CĂŽte d’Ivoire, composĂ© de 93 tribus, rĂ©parties sur un territoire d’environ 30 000 km2. Leur population est estimĂ©e Ă  plus 450000 d’habitants. Les principales localitĂ©s oĂč ils sont prĂ©sents sont Gagnoa, Daloa, SoubrĂ©, GuibĂ©roua, Issia, entre autres.

La tradition de rĂ©sistance et d’engagement politique des BĂ©tĂ©s

Les BĂ©tĂ©s se sont illustrĂ©s comme un peuple farouchement rĂ©sistant Ă  la colonisation française, et ce, jusqu’en 1936. Cette lutte acharnĂ©e contre l’occupation coloniale a trouvĂ© en Zokou GbĂ©ouli une figure emblĂ©matique, symbole du refus de l’asservissement et de l’attachement profond Ă  la libertĂ©.

De la pĂ©riode coloniale Ă  l’ùre contemporaine, la culture politique des BĂ©tĂ©s, profondĂ©ment marquĂ©e par les valeurs de libertĂ©, d’indĂ©pendance et de souverainetĂ© populaire, a fortement imprĂ©gnĂ© la vie politique ivoirienne. La mort tragique et non Ă©lucidĂ©e du sĂ©nateur Biaka Boda, en 1950, a contribuĂ© Ă  accentuer un sentiment de mĂ©fiance Ă  l’égard du Parti DĂ©mocratique de CĂŽte d’Ivoire (PDCI) chez une grande partie des BĂ©tĂ©s, renforçant ainsi une conscience politique critique.

Dans ce climat de tensions, les appels au multipartisme vont Ă©merger, portĂ©s par des leaders BĂ©tĂ©s engagĂ©s. L’un d’eux, le docteur KragbĂ© GnagbĂ©, militant charismatique, sera lĂąchement assassinĂ© en 1970 pour avoir osĂ© dĂ©fier le parti unique. Son combat ne fut pas vain : il sera repris avec dĂ©termination par un autre BĂ©tĂ©, Laurent Gbagbo, qui par un concours de circonstances historiques et politiques, obtiendra l’ouverture dĂ©mocratique du pays et la libertĂ© de crĂ©ation des partis politiques.

Aujourd’hui encore, la sociĂ©tĂ© BhĂ©tĂ©, fondĂ©e sur la valorisation des libertĂ©s individuelles et la parole libre, continue d’influencer positivement la dĂ©mocratie ivoirienne, Ă  travers son attachement Ă  la justice sociale, Ă  l’équitĂ© politique, et Ă  la pluralitĂ© des opinions.

Populations

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Le peuple Bété est composé de 93 tribus, correspondant tantÎt au clan, tantÎt à une fédération de lignages moyens[2]. Au plan demographique, les Bhétés est la troisiÚme ethnie la plus importante aprÚs les Baoulés et les Senoufo.

Il n'y avait qu'une seule langue avant la seconde dispersion des Bétés. Elle a connu des évolutions avec le contact des autres peuples. Ainsi, la langue est différente que l'on soit à Gagnoa ou à Daloa.

Glottolog recense 5 langues bété différentes[3] : le bété de Gagnoa et le sokuya forment la branche du bété oriental tandis que le bété de Daloa, le godié et le bété de Guibéroua forment la branche du bété occidental.

La langue la plus proche de la langue souche pourrait ĂȘtre celle parlĂ©e Ă  SoubrĂ©, GuibĂ©roua et SaĂŻoua[4].

Religion traditionnelle

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La religion bété comporte deux niveaux. Un niveau théorique, trÚs englobant, qui parle de l'univers et des relations entre Dieu (Lago ou Lago Tapé) et les hommes et un niveau pratique qui gÚre le quotidien des hommes et apporte des solutions aux problÚmes (santé, désordre social, etc.)[5]

Le bagnon vainqueur au Popo Carnaval 2026.

En dépit de quelques variantes notées, il y a un fond culturel commun. Le culte du bagnon est présent dans toutes les régions bété. Chaque village a son bagnon. Il est désigné selon des critÚres physiques et moraux. Il est respecté et consulté en raison de sa vie exemplaire. On lui voue un véritable culte.

La production artistique est riche et variée. Elle est dominée par la danse et la chanson. Elles régissent les événements, heureux ou malheureux, de la vie sociale. Chaque région a son pepe ou tite, semaine artistique tournante qui rassemble plusieurs villages. Il existe plusieurs rythmes musicaux en pays bété notamment le towoulou, l'alloukou, le ziglibithy, le gbégbé[6].

En revanche, la culture et la langue varient en fonction des contacts qui ont Ă©tĂ© Ă©tablis avec d'autres peuples selon la rĂ©gion. La langue est ainsi diffĂ©rente quand l'on est Ă  Gagnoa ou Ă  Daloa. De plus, les BĂ©tĂ©s de Gagnoa ont une organisation sociale marquĂ©e par l'influence des Akans et des Mandingues, leurs voisins du sud. Les mĂȘmes ne connaissent pas les masques, alors que ceux de Daloa et d’Issia en contact avec les WĂ©s ont une institution du masque.

Tenue traditionnelle

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Les BĂ©tĂ©s portent un pagne traditionnel appelĂ© tapa ou gloko en BĂ©tĂ© de Daloa. Le nom tapa est dĂ» au fait que ce tissu d’écorce d’arbre s’obtient aprĂšs plusieurs Ă©tapes. Le tapa s’obtient selon les Ă©tapes suivantes : abattage d’arbre, extraction de l’écorce du bois, frappes multiples sur l’écorce d’arbre jusqu’à dilatation de l’écorce pour donner le tissu, sĂ©chage au soleil et enfin teinture selon le goĂ»t[9].

Écriture bĂ©tĂ©

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Frédéric Bruly Bouabré a créé un alphabet à partir de la langue bété, en élaborant un syllabaire 448 unités sous forme de pictogrammes. Seuls quelques initiés pratiquent cette écriture mais les dessins de Bruly circulent dans les musées du monde entier[10].

Matriclans chez les Bétés

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Les matriclans (lĂȘlĂ©) existent chez les BĂ©tĂ©s de Gagnoa. Le lĂȘlĂ© est une organisation parentale (matrilinĂ©aire) qui prend Ă  contre-pied l'organisation parentale (patrilinĂ©aire) prĂ©pondĂ©rante en pays bĂ©tĂ©. Cette organisation parentale est trĂšs rĂ©pandue chez les ZĂ©di, les Zabia et les Gbadi. Toutefois les NĂ©kĂ©di, les NiabrĂ© (GnĂ©brĂ©), les Paccolo et les GuĂ©biĂ© ne la mĂ©connaissent pas, car certains de leurs ressortissants (ceux qui ont une mĂšre issue de l'une de ses trois tribus prĂ©citĂ©es) se rĂ©fĂšrent Ă  leur matriclan. Il faut aussi noter que le lĂȘlĂ© existe Ă©galement chez les Didas (Yourou).

Les matriclans varient de 6 Ă  7 parfois 8 selon le village, on distingue les Gatoua, les TĂȘkpĂȘtoua, les MĂ©dĂ©toua, les Datoua, les Litoua, les Doutoua. Il est donc clair que chacun des LĂȘlĂ© regroupe des milliers de personnes. Le nom de ces matriclans est celui des six ancĂȘtres fĂ©minines dont la connexion gĂ©nĂ©alogique avec les mĂšres vivantes est impossible Ă  Ă©tablir, il s'agit de figures mythiques donnant lieu Ă  une grande variĂ©tĂ© de rĂ©cits.

Le lĂȘlĂ© c'est d'appartenir Ă  une fratrie, on est membre de cette fratrie par sa mĂšre. Par exemple si un Datoyou Ă©pouse une TĂȘkpĂȘtohonon, leurs enfants seront des TĂȘkpĂȘtoua. Enfin, il faut noter que les hommes et les femmes d'un mĂȘme lĂȘlĂ© sont considĂ©rĂ©s comme frĂšres et sƓurs, ce qui a pour effet d'empĂȘcher une Ă©ventuelle union conjugale (ce n'est pas un vĂ©ritable interdit matrimonial, ceux qui souhaitent passer outre doivent faire un sacrifice d'animal pour Ă©viter la stĂ©rilitĂ© du couple)[11],[12].

Personnalités d'origine bété

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Écrivains, philosophes

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Acteurs, actrices

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Personnalités politiques

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Notes et références

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  1. ↑ Source RAMEAU, BnF
  2. ↑ Jean-Pierre Dozon, La sociĂ©tĂ© bĂ©té : histoires d'une "ethnie" de CĂŽte-d'Ivoire, , 367 p. (ISBN 978-2-86537-121-1, lire en ligne), p. 268.
  3. ↑ (en) « Family: Beteic », sur Glottolog 4.1 (consultĂ© le )
  4. ↑ « La sociĂ©tĂ© bĂ©té », Jean-Pierre Dozon (consultĂ© le )
  5. ↑ « BÉTÉ », sur EncyclopĂŠdia Universalis (consultĂ© le ).
  6. ↑ http://www.rezoivoire.net/cotedivoire/patrimoine/205/les-bete.html#.VEPM-1c0GSA
  7. ↑ Iris & B. Gerald Cantor Center for Visual Arts
  8. 1 2 ChĂąteau des Sforza
  9. ↑ « La mode ivoirienne fait un tapa », sur Afrik.com, (consultĂ© le ).
  10. ↑ « Il a inventĂ© l’alpha-bĂ©tĂ© – Jeune Afrique », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne, consultĂ© le ).
  11. ↑ Jean-Pierre Dozon, La sociĂ©tĂ© bĂ©té : histoires d'une "ethnie" de CĂŽte-d'Ivoire, , 367 p. (ISBN 978-2-86537-121-1, lire en ligne).
  12. ↑ Laurent Gbagbo, Sur les traces des BĂ©tĂ©, , 174 p. (ISBN 978-2-7166-0026-2, lire en ligne).

Bibliographie

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  • KiprĂ© Guekpossoro Edme Baroan, Mutation des noms africains : l'exemple des BĂ©tĂ© de CĂŽte d'Ivoire, Nouvelles Éditions Africaines, Abidjan, 1985, 253 p. (ISBN 2723607747)
  • Jean-Pierre Dozon, La sociĂ©tĂ© bĂ©té : histoires d'une "ethnie" de CĂŽte-d'Ivoire, vol. 17, Éditions Karthala, coll. « Hommes et sociĂ©tĂ©s », , 367 p. (ISBN 2-86537-121-2, prĂ©sentation en ligne)
  • Édouard Dunglas, Dans la forĂȘt de la CĂŽte d'Ivoire : coutumes et mƓurs des BĂ©tĂ©, Larose, Paris, 1939, 98 p.
  • Boniface Gbaya Ziri, ProblĂšmes de regroupement des villages bĂ©tĂ©, CĂŽte d'Ivoire : contribution Ă  l'analyse des obstacles socioculturels au dĂ©veloppement, L’Harmattan, Paris, 2005, 199 p. (ISBN 9782747595490) (d’aprĂšs une thĂšse soutenue Ă  l’UniversitĂ© de Paris 7, 1995)
  • Laurent Gbagbo, Sur les traces des BĂ©tĂ©, PUCI, Abidjan, 2002, 174 p. (ISBN 2716600260)
  • Bohumil Holas, L'Image du monde BĂ©tĂ©, Presses universitaires de France, Paris, 1968, 401 p.
  • Denise Paulme, Une sociĂ©tĂ© de CĂŽte d'Ivoire hier et aujourd'hui : les BĂ©tĂ©, Mouton, 1962, 200 p. (compte-rendu en ligne )
  • F. Dedy SĂ©ri, Les funĂ©railles en pays BĂ©tĂ©, Nouvelles Ă©ditions africaines, Abidjan, 1989, 27 p. (ISBN 2723615022) (tirĂ© Ă  part du Colloque international FunĂ©railles et DĂ©veloppement en Afrique de mars-)
  • Édouard Dunglas, Coutumes des bĂ©tĂ© dans la rĂ©gion Issia-Daloa (Document conservĂ© aux Archives Nationales de CĂŽte d'Ivoire, Abidjan), s.d.
  • Coutumes NĂ©yo et BĂ©tĂ© coutumiers. Cercle de Sassandra (document conservĂ© aux Archives Nationale de CĂŽte d'Ivoire, Abidjan), dactyl., dates diverses.
  • JoĂ«l Gronner, Les BĂ©tĂ© de SoubrĂ© et le dĂ©veloppement rĂ©gional (Sud-Ouest de la CĂŽte d'Ivoire) ThĂšse ORSTOM - EHESS 1982, 525 p. - https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers14-08/03780.pdf

Articles connexes

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Liens externes

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