Crooner


Un crooner[1], prononcĂ© en français [kÊu.nĆÊ] â, ou crooneur[1], est un chanteur de charme amĂ©ricain caractĂ©risĂ© par un style de chant au ton chaleureux et Ă©motionnel quâil communique avec son timbre de voix. Cette chaleur et cette Ă©motion dans la voix ne sont possibles que grĂące au microphone. Le crooner chante surtout des ballades. Originaire des Ătats-Unis, le terme de crooner a gagnĂ© d'autres pays, particuliĂšrement la France, l'Espagne, l'Italie et le Japon.[rĂ©f. nĂ©cessaire][pertinence contestĂ©e]
Aux Ătats-Unis, le crooner est un chanteur renommĂ© pour ses interprĂ©tations de standards de variĂ©tĂ© (que les Anglo-saxons appellent aussi pop music ou pop[2]) ou de jazz, provenant souvent du Great American Songbook. Il est accompagnĂ© la plupart du temps par un piano, un orchestre ou un big band. Les premiers crooners amĂ©ricains sont par exemple Rudy VallĂ©e, Bing Crosby ou Russ Columbo.
Les crooners ne sont pas seulement reconnus pour leur voix, mais aussi pour lâexcellence des musiciens qui les accompagnent, lâarrangement musical, la qualitĂ© de lâacoustique du théùtre dans lequel lâenregistrement se dĂ©roule, la qualitĂ© de lâĂ©quipement de prise de son et de transmission radio. La technique vocale peut ĂȘtre variĂ©e : des grognements, des gĂ©missements, des cris, des murmures ou des sons gutturaux, un moment staccato Ă tempo rapide, une ballade dâamour veloutĂ©e et lente et encore, un moment Ă©motionnel dĂ©clamatoire en plainte musicale[3].
Le crooning est aussi caractĂ©risĂ© par le fait de « glisser » sur les notes au lieu de les attaquer directement[pas clair], par lâutilisation prudente de rythmes et de mĂ©lodies variĂ©es, et une expression Ă©motionnelle, intime et anodine[4]. Certains[Qui ?] disent quâun des aspects les plus frĂ©quents chez les crooners est leur vulnĂ©rabilitĂ© devant les spectateurs ; ils doivent chanter tout en manifestant souffrance et innocence pour que le public se sente proche d'eux[3].
Origines
[modifier | modifier le code]Selon Howard Goldstein, le terme, au XIXe siĂšcle, est associĂ© aux berceuses, d'oĂč l'expression to croon a tune prĂ©sente en 1918 dans la chanson de Schwartz, Young et Lewis Rock-a-bye your baby with a dixie melody, chantĂ©e par Al Jolson[4].
The Oxford Companion to popular musicaffirme pour sa part que le terme crooner est apparu lorsque le besoin de nommer cette forme dérivée du jazz devint indispensable : le terme vient du jargon afro-américain et veut probablement dire « chanter d'une voix douce et veloutée », comme dans une berceuse[5].
Selon l'Oxford English Dictionary, le mot crooner, formé par dérivation sur le verbe to croon (au moyen du suffixe -er), fait son apparition au tout début du XIXe siÚcle, la premiÚre occurrence connue datant de 1808[6]. Le vocable apparaßt en France en 1946, avec l'acception de « chanteur de charme, notamment américain », selon le lexicographe Jean Tournier. Il est formé sur le verbe anglais to croon « chanter à voix basse, fredonner », du moyen néerlandais kronen « grogner, se plaindre », et constitue un « emprunt indirect culturel »[7].
Débuts à la radio
[modifier | modifier le code]Les expĂ©riences de Frank Conrad de la Westinghouse Electric Company amĂšnent Ă lâĂ©tablissement dâune des premiĂšres stations de radio commerciale, KDKA Ă Pittsburgh en 1920 ; dix ans plus tard, plus de 600 stations de radio sont opĂ©rationnelles et la radio est prĂ©sente dans des millions de foyers amĂ©ricains. Plusieurs artistes populaires dĂ©cident alors de changer de mĂ©dium de distribution de leur musique[8].

Câest surtout le jazz qui tire avantage des avancĂ©es technologiques des annĂ©es 1920 grĂące Ă lâapparition de lâenregistrement Ă©lectrique et de lâamplification, en particulier le microphone. Une des grandes consĂ©quences de ce dĂ©veloppement est la possibilitĂ© pour le vocaliste d'exprimer une plus grande gamme d'expressions et plus subtilement quâavant. Il peut aussi enregistrer de maniĂšre que sa voix domine lâenregistrement. Il faut un peu de temps pour que les interprĂštes apprivoisent le microphone et il nâest pas rare que les chanteurs soient appelĂ©s dans les ensembles de jazz seulement pour chanter quelques mesures, mais petit Ă petit, ils prennent plus de place[9].
Avant lâamplification Ă©lectrique, tous les vocalistes devaient faire porter leurs voix pour ĂȘtre capable de faire remplir le théùtre. Les exemples classiques nous viennent de Sophie Tucker et Emma Carus, la Vaudevillienne qui a popularisĂ© Alexanderâs Ragtime Band de Berlin (1911). Al Jolson avait une voix qui remplissait le théùtre jusquâau deuxiĂšme balcon. Il aimait chanter Ă une audience et nâaimait pas la radio et les microphones, il Ă©tait en dĂ©saccord avec lâidĂ©e de « crooner » doucement Ă la Rudy VallĂ©e. Les crooners Ă©taient dâaprĂšs lui des « chanteurs Ă voix faibles qui tomberaient sâils nâavaient pas de micros pour se tenir. » Lâopinion contraire Ă©tait aussi prĂ©sente dans les critiques musicales, en effet, Alan Lerner, auteur-compositeur crooner disait que, dâaprĂšs lui, les paroles dâopĂ©ras Ă©taient impossibles Ă comprendre, et les chanteurs Ă©taient entraĂźnĂ©s Ă chanter comme si les paroles Ă©taient un code. Le registre aigu des sopranos Ă©tait inadĂ©quat pour la musique populaire. MĂȘme si plusieurs nâĂ©taient pas dâaccord avec lui, il est vrai que le style de chant de lâopĂ©ra Ă©tait tout le contraire de celui des crooners[3].
Lors de lâapparition du micro, lâamplification sensible de celui-ci permettait aux chanteurs â certains disent mĂȘme les y obligeaient â dâappliquer moins de souffle dans les cordes vocales, d'oĂč rĂ©sultait un son intime et plus proche.
Les chanteurs rĂ©alisent rapidement que le microphone favorise lâusage de voix plus graves et dâun mĂ©lange de voix de tĂȘte et de poitrine, tandis que les chanteurs dâopĂ©ra utilisaient seulement la voix de poitrine. Cette technique de projection de voix permettait dâaugmenter la gamme de notes possibles du chanteur en symbiose avec le microphone[4].
Sans plus tarder, ce style prend beaucoup de popularitĂ© et devient rapidement le style de chant populaire standard jusquâĂ lâarrivĂ©e du rock 'n' roll. Le crooning est devenu un traitement de la voix possible par le microphone. Cette piĂšce dâĂ©quipement change le son en Ă©nergie Ă©lectrique par un diaphragme qui rĂ©pond aux poussĂ©es-tirĂ© des ondes sonores. Le microphone au carbone est dĂ©veloppĂ© en 1877 par Ămile Berliner, David Hughes et Thomas Edison. Une Ă©tape importante dans lâamplification a eu lieu quand H. D. Arnold a dĂ©veloppĂ© le premier amplificateur Ă©lectrique en 1913. Par contre, le ruban ou microphone condensateur est devenu populaire aprĂšs les annĂ©es 1920, et est lâinstrument qui a rĂ©volutionnĂ© la pratique du chant. TrĂšs rapidement, les chanteurs ont rĂ©alisĂ© que sa rĂ©ponse aux frĂ©quences plates le rendait propice Ă la musique. En raison de sa grande sensibilitĂ© et son amĂ©lioration Ă reproduire la voix, il a vite remplacĂ© le microphone au carbone pour les performances « live », les Ă©missions de radio, et les enregistrements. Pour la premiĂšre fois, les voix plus faibles pouvaient remplir des salles de son, et simultanĂ©ment communiquer chaleur et intimitĂ©[3].
Ces voix par contre demandaient Ă©normĂ©ment de contrĂŽle et de pratique, car la technique crooner nâĂ©tait pas facile et trĂšs spĂ©cialisĂ©e. Le chanteur doit se tenir trĂšs proche du microphone, la bouche touchant presque lâinstrument, le visage directement alignĂ© avec le rĂ©cepteur. Tous les sons sont captĂ©s de façon prĂ©cise, et le public se sent intimement liĂ© Ă lâartiste. Lâinspiration est trĂšs importante, car elle doit rester absolument silencieuse. Le son de halĂštement causĂ© par une inspiration mal calculĂ©e, amplifiĂ©e par lâĂ©quipement, pouvait causer la faillite de plusieurs chanteurs autrement trĂšs talentueux. Les aspirants crooners devaient pratiquer lâinspiration silencieuse de façon diligente, afin dâĂ©liminer toute possibilitĂ© de la faire entendre au microphone[10]. Lâauteur Thomas A. Delong dit : « Le microphone hautement sensible demandait une diffĂ©rente technique de production vocale. Les artistes Ă©taient forcĂ©s d'utiliser une voix plus douce, car une note trop aiguĂ« ou trop forte pourrait briser le tube transmetteur fragile dâun microphone de carbone. »[11]
Le début des grands crooners
[modifier | modifier le code]Il est difficile de dire qui Ă©taient vraiment les inventeurs du style. Il y avait des chanteurs de standard de jazz des annĂ©es 1920, comme Gene Austin, Al Bowlly, Art Gillham, ou des artistes prĂ©crooners comme âScrappyâ Lambert, Smith Ballew, âWhisperingâ Jack Smith, reconnues pour ĂȘtre des artistes pionniers de la radio. Ces chanteurs tĂ©nors Ă©taient souvent retrouvĂ©s aussi en dehors des ondes radiophoniques, Ă chanter dans des groupes de musique de danse, oĂč leur prĂ©sence Ă©tait limitĂ©e Ă un ou deux refrains par chanson seulement[4]. Aucun nâa Ă©tĂ© aussi populaire que Rudy VallĂ©e, un des premiers teen-popstars des annĂ©es 1920, renommĂ© pour ĂȘtre le premier crooner, et prĂ©curseur de Russ Columbo et Bing Crosby. Chanteur tĂ©nor, Ă©tant aussi un acteur et un saxophoniste, sa popularitĂ© extrĂȘme Ă©tait comparable Ă celle des Beatles 30 ans avant eux, causant une hystĂ©rie oĂč les policiers devaient lâentourer pour empĂȘcher la foule de femmes hurlantes autour de lui aprĂšs ses spectacles[12]. Au dĂ©but de sa carriĂšre, on se moque de sa voix nasale et plutĂŽt frĂȘle, mais en vieillissant, il forme un groupe Rudy and his Connecticut Yankees, oĂč il est reconnu pour sa voix plus mature, qui semblait ĂȘtre parfaite pour le style intime du crooner.
Certains disent quâun des premiers chanteurs Ă tirer pleinement profit du microphone est bel et bien Bing Crosby dans les dĂ©buts des annĂ©es 1930[9]. Bing Crosby Ă©tait reconnu pour un son plus sombre, et une approche plus Ă©nergĂ©tique dans son phrasĂ© qui le classait Ă part de ses prĂ©dĂ©cesseurs[4]. Il construit son chant autour du rythme swing, mais est relaxĂ© et dit avoir Ă©tĂ© inspirĂ© par le jeu de trompette de Louis Armstrong[13]. David Brackett dit « Sa performance projette un sens de confort entre le public, le chanteur et lâauteur. » Son Ă©locution, Ă©tudiĂ©e par les chanteurs populaires, Ă©tait trĂšs apprĂ©ciĂ©e. Il ne chantait pas « au public » , il chantait « pour le public »[3].
Cette nouvelle sorte dâintimitĂ© Ă©tait Ă la fois Ă©motionnelle par la proximitĂ© apparente du chanteur, mais aussi physique, avec le son des lĂšvres, de la langue, et de la respiration, qui rendait le style trĂšs sincĂšre[13] et a formĂ© les fondations de beaucoup de ses successeurs[4].
Forte critique envers les crooners
[modifier | modifier le code]Le style connaĂźt beaucoup de mauvaises critiques au dĂ©but des annĂ©es 1930, au point oĂč le terme « crooner » nâest mĂȘme plus pris au sĂ©rieux. Plusieurs organisations lui donnent une mauvaise rĂ©putation, comme lâassociation des professeurs de chants de New York qui qualifie ce style de « corrompu », et le New York Times qui affirme que ce n'est qu'une tendance qui ne durera pas dans lâindustrie : "They sing like that because they canât help it. Their style is begging to go out of fashionâŠ. Crooners will soon go the way of tandem bicycles, mah jongg and midget golf." De plus, le cardinal de Boston, William Henry OâConnel, parlant au nom des catholiques des Ătats-Unis, critique violemment le crooner dans The Literary Digest en 1932 : il qualifie ce style de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, souillant, ignoble, sans principes, imbĂ©cile et immoral. Une critique choquante comme celle-ci ne rĂ©apparait pas avant un autre 25 ans, quand Elvis Presley, un grand admirateur de Bing Crosby, se dĂ©hanche sur la scĂšne et brasse les fondations de la culture traditionnelle causant un dĂ©lire en AmĂ©rique[11]. En 1931, les crooners rĂ©pliquent, avec Dick Robertson, et son enregistrement Crosby, Columbo et VallĂ©e, qui satirise toute cette affaire, et dit au public de ne pas laisser ces « ennemies publiques » infiltrer leurs maisons, et rĂ©partir ce non-sens[14]. En France, Jean Sablon, premier Ă utiliser un micro sur scĂšne, en 1936 au théùtre Mogador et Ă Bobino, suscite Ă©galement critiques et quolibets. Il devient le premier crooner français.
The Battle of the Baritones
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En 1931, la compĂ©tition entre ceux que beaucoup appellent les trois plus grands crooners originaux de lâhistoire, Rudy VallĂ©e, Bing Crosby et Russ Columbo commence Ă ĂȘtre trĂšs chaude. VallĂ©e Ă©tabli en premier, se fait rapidement rattraper par Crosby et ensuite Columbo. Les trois sâengagent dans une « Bataille des Barytons », grandement publicisĂ©e dans les journaux, la radio et les magazines.
Crosby et Columbo se connaissaient auparavant, car en 1929, avant que Russ ne soit connu en tant que crooner, les deux ont jouĂ© dans le mĂȘme groupe de musique, le big band Cocoanut Grove Orchestra, dirigĂ© par Gus Arnheim. Bing Crosby chantait et Columbo lâaccompagnait au violon. AprĂšs 2 mois, Columbo dĂ©veloppe un goĂ»t pour le chant et dĂ©cide de quitter lâorchestre pour poursuivre une carriĂšre musicale en tant que crooner Ă New York.
Il commence sa carriĂšre avec une diffĂ©rente image que Crosby. Il prend plus lâimage dâun jeune romantique, plutĂŽt quâun homme viril et loyal.
Russ chante Ă propos de la folie de lâamour et de la mĂ©lancolie, mais il est difficile dâimaginer Bing chanter des paroles comme celles-ci et tout de mĂȘme ĂȘtre convaincant. La voix de Crosby est douce, mais claire et poignante, trĂšs appropriĂ©e pour quelquâun qui joue de la percussion depuis un jeune Ăąge. Columbo, Ă©tant violoniste, Ă une voix beaucoup plus lĂ©gĂšre, qui fait mĂȘme penser au timbre vibrant, mais soyeux du violon, qui glisse entre chaque note. Il nâest pas un chanteur « mĂąle-alpha » comme Crosby lâĂ©tait, mais plutĂŽt un romantique, perdu dans lâamour. Il ne chante pas les paroles avec force, mais comme sâil parlait Ă une femme.
Les grandes compagnies de radiodiffusion comme NBC, CBS et MBS Ă©taient en grandes compĂ©titions et recherchaient les grands chanteurs du moment. Rudy VallĂ©e sâĂ©tait bien installĂ© avec NBC, et la compagnie connaissait un grand succĂšs avec lâartiste. Ătant intriguĂ©s par la montĂ©e rapide de Russ Columbo, ils lui donnĂšrent le crĂ©neau de soirĂ©e. Quelques jours plus tard, Bing Crosby signe un contrat avec CBS.
En , la « Bataille des Barytons » devient tellement populaire que Al Dubin et Joe Burke dĂ©cident dâen Ă©crire une chanson : « Crosby, Columbo, and VallĂ©e ». Ăvidemment, cet Ă©vĂšnement mĂ©diatisĂ© au maximum nâĂ©tait pas vraiment une bataille en tant que telle. Les trois crooners se connaissaient et ont mĂȘme Ă©tĂ© pris en photo ensemble en 1931. Câest une drĂŽle de coĂŻncidence que sur la photo, les artistes sont illustrĂ©s vraiment comme leurs personnalitĂ©s les dĂ©crivaient. Rudy VallĂ©e dĂ©montre une grande confiance, il parait chic et bien coiffĂ©, comme un artiste qui avait dĂ©jĂ Ă©tabli une grande popularitĂ©. Crosby lui aussi est trĂšs formel, et porte une expression de virilitĂ© et de confiance, de combattant qui veut vaincre son adversaire et monter au prochain niveau. Columbo lui est illustrĂ© comme un jeune romantique, ses cheveux gominĂ©s, il regarde la camĂ©ra de ses yeux sombres et profonds avec un sourire chaleureux.
Malheureusement, cette « Bataille » se termine en 1934 aprÚs la mort tragique de Russ Columbo suivant un accident avec un pistolet antique. Bing Crosby est présent à ses funérailles, et toute la nation est en deuil pour ce qui pouvait potentiellement devenir un chanteur avec un encore plus grand succÚs.
Crooners ailleurs que dans l'industrie de la musique
[modifier | modifier le code]LâarrivĂ©e de la radio dans lâindustrie de la musique apporte Ă©normĂ©ment de popularitĂ© Ă certains artistes. La base dĂ©mographique de la musique populaire Ă©largit Ă©normĂ©ment et donne aux artistes individuels du dĂ©but de cette aire un Ă©norme succĂšs. Parmi ces artistes, nous avions bien Ă©videmment de grands crooners comme Rudy VallĂ©e et plus tard Bing Crosby et Frank Sinatra. Hollywood qui prend alors aussi de la grandeur devient une machine crĂ©atrice du vedettariat. VoilĂ pourquoi beaucoup de chanteurs populaires Ă cause de la radio Ă©taient ramassĂ©s par Hollywood en tant quâacteurs, et le double talent de ces artistes Ă©tait trĂšs attrayant pour lâaudience[15].
Crooners post-guerre
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Câest aprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale et la disparition du groupe swing, que la deuxiĂšme vague de crooners fait surface, qui comprenait entre autres Dick Haymes, Buddy Clark, Perry Como, Dean Martin et Frank Sinatra. MalgrĂ© la trĂšs faible prĂ©sence dâartistes afro-amĂ©ricains, on pourrait faire valoir quâun des plus grands crooners aprĂšs-guerre, commercialement et musicalement Ă©tait un homme noir, Nat « King » Cole. Sammy Davis Jr. et Billy Eckstine connaissent aussi un grand succĂšs dans le domaine. Dans la fin des annĂ©es 1940, dĂ©but des annĂ©es 1950, les plus grands disques Ă succĂšs Ă©taient surtout des chansons romantiques par les crooners. Le cĂŽtĂ© sentimental des chansons peut ĂȘtre exprimĂ© dĂ©jĂ simplement dans leurs titres: Prison of Love, (I love You For) Sentimental Reasons (1946), My Darling, My Darling, Youâre Breaking My Heart (1949), Cold Cold Heart, Cry (1951), No Other Love, You You You (1953), tous des numĂ©ros 1[16].
Frank Sinatra, un vrai crooner ou non?
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Sinatra est souvent associĂ© au crooning, mais ceci nâest peut-ĂȘtre pas le cas. Lui-mĂȘme caractĂ©risait son style de chant en tant que bel canto : un style dâopĂ©ra vocal oĂč lâemphase est sur la beautĂ© du ton plutĂŽt que sur lâexpression Ă©motionnelle, sur lâapplication inventive dâornementation vocale, et lâutilisation dâun ton soutenu plutĂŽt quâune dĂ©clamation dramatique. Sinatra, dans son style de chant unique, mettait plus dâemphase sur la forme, la technique et le style que sur lâĂ©motion et la vulnĂ©rabilitĂ©[17].
Le déclin des crooners
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Ă partir de 1954, les crooners perdent un peu de popularitĂ©, Le rock'n'roll prend Ă©normĂ©ment de place dans la musique populaire, et les crooners restant sont dĂ©placĂ©s dans dâautres catĂ©gories comme Musique DĂ©tente (Easy Listening) ou adulte contemporain, une extension de la tradition du crooner, avec un certain degrĂ© dâinfluence du rock (Barbra Streisand, Neil Diamond, Roberta Flack, The Carpenters). Par contre, encore beaucoup dâartistes dâaujourdâhui performent avec un style ressemblant beaucoup au genre crooner, Tony Bennett, Johnny Mathis, Barry Manilow, Brian Evans, Richard Hawley, Harry Connick, Jr., Michael BublĂ©, Neil Hannon, Matteo Brancaleoni, Engelbert Humperdinck et Michael Feinstein. La musique du genre croon de Bing Crosby, Frank Sinatra, Dick Powell, Nat King Cole, Andy Williams, Bobby Darin et Jimmy Durante est incorporĂ©e dans leur propre style.
Autres styles de crooning
[modifier | modifier le code]Réponse féminine au style crooner
[modifier | modifier le code]La rĂ©ponse fĂ©minine Ă cette nouvelle technologie, permise par lâapparition du microphone, apparaĂźt Ă©galement vers le milieu des annĂ©es 1920, avec les femmes « torch singers », des chanteuses de ballades dâamour mĂ©lancolique, trĂšs extraverties et confiantes, comme Fanny Brice, Ruth Etting, Libye Holman, Helen Morgan, Annette Hanshaw, Mildred Bailey â avant quâelle se tourne plutĂŽt vers le swing â et Helen Rowland[13]. En effet, la voix plus aiguĂ« des femmes au dĂ©but des annĂ©es 1920 nâĂ©tait pas apte au microphone car elle Ă©tait rĂ©putĂ©e endommager les tubes trĂšs fragiles de lâappareil. Vaughn De Leath Ă©limine le problĂšme en prenant un timbre de voix beaucoup plus doux, qui sera plus tard reconnu comme du crooning. Cette technique lui vaut le titre de « The Original Radio Girl ». On dit mĂȘme que VallĂ©e, Crosby et Sinatra se sont grandement inspirĂ©s de sa technique. Dans les annĂ©es 1930, Kate Smith gagne en popularitĂ© et se nomme elle-mĂȘme : « The First Lady of Radio », mais De Leath l'attaque en justice et Smith abandonne le nom.
Ruth Etting est une autre chanteuse crooner de la radio, populaire au dĂ©but des annĂ©es 1930. On la surnommait : « Americaâs Radio Sweetheart ».
Les femmes crooners donnaient une nouvelle vie aux chansons quâelles interprĂ©taient. Par exemple, Iâve got a crush on you, composĂ©e par la famille Gershwin en 1928, est reprise par Lee Wiley et gagne beaucoup en popularitĂ© par son ton doux et sĂ©ducteur, au grand plaisir des Gershwin[3].
Le country crooner
[modifier | modifier le code]Bing Crosby ayant popularisĂ© beaucoup de chansons country, un style sâest dĂ©veloppĂ© dans la musique country avec chant de crooner. Il reprend la chanson de Bob Wills & His Texas Playboys, San Antonio Rose (Bod Wills), et la popularise jusquâĂ en vendre plus dâun million de copies en 1940. Le standard country crooner devient alors Ă la mode, et plusieurs artistes en sont connus, comme Jim Reeves et Ray Price. Vernon Dalhart, chanteur dâopĂ©ra lĂ©ger, connaĂźt un grand succĂšs aprĂšs son enregistrement de The Prisoners Song (Guy Massey), une ballade chantĂ©e du style pop de lâĂ©poque (1924). Le country crooner le plus populaire reste cependant Eddy Arnold, qui, entre 1947 et 1957, a dominĂ© le palmarĂšs de la musique country, et a aussi connu des tops 40 sur le palmarĂšs pop. Ce qui le rend « country crooner » est son style de chant doux et sa chaleureuse voix de baryton, ainsi que son goĂ»t particulier pour les chansons sentimentales (tel dans Bouquet of roses, Bob Hilliard/Steve Edward Nelson). Sa mutation vers le monde pop crooner ressemble beaucoup Ă celle de Nat King Cole, qui passe du jazz au crooner pop-vedette environ au mĂȘme moment, grĂące Ă lâacquisition dâun style de chansons romantiques[16]. Plusieurs crooners non country ont aussi connu de grands succĂšs avec des chansons country, comme Tony Bennett, Perry Como, Slim Willet et Guy Mitchell, qui connaissent tous des singles trĂšs haut placĂ©s dans le Billboard 100 dans les annĂ©es 1950 et 1960.
Le blues crooner
[modifier | modifier le code]Le blues crooner est une branche du rhythm and blues associĂ©e Ă un mĂ©lange de blues et de chant populaire. Ce style de blues urbain tire ses origines dâune sĂ©rie dâenregistrements faits par le pianiste Leroy Carr (1905-1935) et le guitariste Scrapper Blackwell (1903-1962). Carr dĂ©veloppe un style de chant blues ressemblant beaucoup Ă celui d'un crooner populaire, avec un timbre doux et dĂ©contractĂ©. CâĂ©tait un grand contraste avec le style rauque des enregistrements de Charley Patton et Blind Lemon Jefferson. Un des grands blues crooner qui connut le plus du succĂšs fut Charles Brown, Ă partir du milieu des annĂ©es 1940. Ce pianiste afro-amĂ©ricain originaire du Texas se fait reconnaĂźtre par son style de chant doux, sensible et quelque peu dĂ©sespĂ©rĂ©, que lâon aperçoit dans l'album qui lui donne une rĂ©putation nationale, Drifting Blues (Charles Brown/Johnny Moore/Eddie Williams). Autre blues crooner : Cecil Gant[16].
Les rock era crooners
[modifier | modifier le code]Le rock est dit avoir été fortement influencé par le jeu intime du microphone établi par Russ Columbo et Bing Crosby. Le crooning a influencé le rock et est resté présent dans beaucoup de ses rockeurs populaires, comme Elvis Presley.
Les « rock era crooners » (RECs) attestent d'une influence du crooning dans lâĂšre du rock dans la prolifĂ©ration des albums standard « baby boomers » qui dĂ©finissent la croissance naturelle du soft rock de tradition Croon[18].
Paul Anka, Connie Francis et Bobby Darin sont trois chanteurs de style Teen Pop prĂ©sents dans lâĂ©mergence du rock'n'roll qui adoptaient le style crooner. Certains artistes comme Jack Jones, Johnny Mathis et Barbra Streisand sont inclus dans la gĂ©nĂ©ration des RECs et commencent Ă enregistrer au milieu des annĂ©es 1950 et dĂ©but des annĂ©es 1960. Ils avaient la finesse des crooners prĂ©rock, mais sâĂ©loignaient de lâinfluence du jazz et se rendaient plus accessibles au public en apprivoisant un style plus populaire.
Les RECs sont trÚs populaires dans les années 1960 et leurs plus grands succÚs à la radio sont classés dans les palmarÚs de « musique détente ».
Au dĂ©but des annĂ©es 1970, les Baby Boomers prennent de lâĂąge et amĂšnent avec eux une grande variĂ©tĂ© de styles incluant les RECs. Certains artistes comme Linda Ronstadt, Natalie Cole et Rod Stewart interprĂštent des versions modernes de musique prĂ© rock.
Entre 1965 et 1972, aucune des chansons qui figuraient dans le top 100 Musiques DĂ©tente nâapparaissaient dans le Billboard 100. Ceci nous montre que le genre nâĂ©tait pas trĂšs populaire Ă ce moment. En 1972, la situation change et on retrouve 21 chansons du palmarĂšs Musique DĂ©tente dans le Billboard 100. En effet, le ton populaire de la musique rock devient plus doux et harmonieux. Des artistes du top 40 associĂ©s Ă une musique rock plus douce comme Bread, Olivia Newton John et Ross, Ă©taient Ă©troitement liĂ©s au genre des vieux crooners[13].
Le crooner dans le dessin animé américain
[modifier | modifier le code]Dessin animĂ© datant de 1944 et rĂ©alisĂ© par Frank Tashlin, Swooner Crooner reprĂ©sente Porky Pig comme le gĂ©rant de l'usine Flockheed Eggcraft, qui est en suractivitĂ© du fait de lâeffort de guerre. La prĂ©sence du nouveau coq dans lâusine Frankie, ressemblant fortement Ă Frank Sinatra, a créé des problĂšmes, car lorsque celui-ci chante, les poules arrĂȘtent de travailler. Porky Pig renvoie alors Frankie, et passe des auditions pour dâautres coqs qui pourraient donner les ordres aux poules de continuer Ă produire. AprĂšs avoir refusĂ© plusieurs coqs reprĂ©sentant plusieurs superstars de lâĂ©poque, Porky Pig accepte le coq Crosby. ReprĂ©sentant un homme de famille de la classe moyenne, avec son chapeau froissĂ© et sa pipe, il fait pondre plus dâĆufs aux poules et est rĂ©engagĂ©. Le coq Frankie, frustrĂ©, dĂ©cide de faire appel Ă un concours de chant entre lui et le coq Crosby. Alors que les deux coqs chantent, la production dâĆufs est Ă couper le souffle, et Porky Pig, nageant dans les Ćufs et sautant de joie, leur demande comment ils ont fait pour augmenter autant la production. Les deux coqs lui font une dĂ©monstration de leur chant et Porky Pig commence lui-mĂȘme Ă pondre des Ćufs[11].
Enfin, dans Le Putois amoureux (en) (Little 'Tinker, 1948), Tex Avery parodie Frank Sinatra et les passions féminines qu'il déchaßne : le putois, héros du dessin animé, qui ne parvient pas à trouver une compagne à cause de son odeur, enfile « un costume de Frankie » et joue le chanteur de charme sur scÚne[19],[20].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 « crooner - Définitions, synonymes, conjugaison, exemples | Dico en ligne Le Robert », sur dictionnaire.lerobert.com (consulté le )
- â Ă ne pas confondre avec le courant musical pop apparu dans les annĂ©es 1960.
- 1 2 3 4 5 6 TAWA, Nicholas, Popular Song in the 20th Century : Styles and Singers and What They Said About America, The Scarecrow press, 2005, pp. 39, 40 et 43.
- 1 2 3 4 5 6 Howard Goldstein, Grove Music online.
- â Peter Gammond, The Oxford Companion to popular Music, Oxford, New York, Oxford University Press, 1991, p. 138.
- â Oxford English Dictionary en ligne, rubrique crooner.
- â Jean Tournier, Les mots anglais du français, Belin, Paris, 1998, p. 163 (rubrique « crooner »).
- â The Grove Dictionary of American Music, 2nd edition, Charles Hamm et al., 2014.
- 1 2 Continuum Encyclopedia of popular music of the world, Volume IV, North America, David Horn, Dave Laing, London, 2005, p. 90.
- â TAYLOR Timothy D., Music, Sound and Technology in America, Duke University press, 2012, p. 316.
- 1 2 3 PRIGOZY, Ruth, Going My Way, Bing Crosby and American Culture, University of Rochester Press, 2007, pp. 73 et 124-127.
- â Pitts, Michael; Hoffman, Frank (2002). The Rise of the Crooners: Gene Austin, Russ Columbo, Bing Crosby, Nick Lucas, Johnny Marvin, and Rudy Vallee. Studies and Documentation in the History of Popular Entertainment, No. 2. Lanham, Md.: The Scarecrow Press. p. 32.
- 1 2 3 4 Continuum Encyclopedia of popular music of the world, Volume VIII, 2006, pp. 39, 40 et 41.
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Liens externes
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