Trajan
| Trajan | |
| Empereur romain | |
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Buste de Trajan portant la couronne civique, une courroie d'épée et l'égide (attribut de Jupiter et symbole de la toute-puissance divine). Glyptothèque de Munich. | |
| Règne | |
| – 8/ (19 ans, 6 mois et 12 jours) |
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| Période | Antonins |
| Précédé par | Nerva |
| Suivi de | Hadrien |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Marcus Ulpius Traianus |
| Naissance | [N 1] Italica (Bétique, Espagne)[1] |
| Décès | 8 ou , Selinus (Cilicie) |
| Inhumation | Au pied de la Colonne Trajane (cendres) |
| Père | Marcus Ulpius Traianus |
| Mère | Marcia |
| Père adoptif | Nerva |
| Fratrie | Ulpia Marciana |
| Épouse | Plotine |
| Adoption | Hadrien |
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Trajan, né sous le nom de Marcus Ulpius Traianus le à Italica, en Bétique (actuellement l'Andalousie, en Espagne) à dix kilomètres de l'actuelle Séville[1], et mort le 8 ou à Selinus, en Cilicie (sud de l'Anatolie), est empereur romain de fin à . À sa mort, il porte le nom et les surnoms d'Imperator Caesar Divi Nervae Filius Nerva Traianus Optimus Augustus Germanicus Dacicus Parthicus.
Trajan est issu de la gens des Ulpii, installée en Hispania Bétique dans la ville d'Italica, fondée en par des colonisateurs romains. Il est resté dans l’historiographie comme le « meilleur des empereurs romains » (optimus princeps). Après le règne de Domitien et la fin de la dynastie des Flaviens, le court règne de Nerva et surtout celui de Trajan marquent le fondement de la dynastie dite des « Antonins ».
Trajan prend de l'importance sous le règne de l'empereur Domitien, dont les dernières années sont marquées par les persécutions et les exécutions de sénateurs romains. En , après l'assassinat de Domitien, empereur sans enfant, par des membres de sa cour, Nerva, un ancien consul, monte sur le trône, mais se révèle impopulaire auprès de l'armée. Après une brève et tumultueuse année au pouvoir, une révolte des membres de la garde prétorienne affaiblit son pouvoir et le contraint à répliquer en adoptant le populaire général Trajan comme son héritier et successeur. Nerva, âgé et sans enfant, décède fin et son fils adoptif lui succède sans incident.
On considère généralement que c’est sous son règne que l’Empire romain connaît sa plus grande extension avec les conquêtes éphémères de l’Arménie et de la Mésopotamie, et celle plus pérenne de la Dacie ainsi qu'avec l'annexion du royaume nabatéen de Pétra qui donne naissance à la province d'Arabie Pétrée. Sa conquête de la Dacie enrichit considérablement l'Empire, la nouvelle province possédant plusieurs mines de métaux de grande valeur. En revanche, sa conquête des territoires parthes reste inachevée et fragile à la suite d'une grande révolte judéo-parthe. Il laisse à sa mort une situation économique globale peu florissante ; la partie orientale de l’Empire en particulier est exsangue.
En parallèle de cette politique expansionniste, Trajan mène de grands travaux de construction et engage une politique de mesures sociales d'une ampleur inédite. Il est surtout connu pour son vaste programme de construction publique qui a remodelé la ville de Rome et laissé plusieurs monuments durables tels que les thermes, le forum et les marchés de Trajan, ainsi que la colonne Trajane. Il renforce aussi le rôle prépondérant de l’Italie dans l’Empire et poursuit la romanisation des provinces.
Trajan est divinisé par le Sénat et ses cendres sont inhumées au pied de la colonne Trajane. Son fils adoptif et petit-neveu Hadrien lui succède, malgré quelques troubles lors de la passation de pouvoir. Hadrien ne poursuit pas la politique expansionniste de Trajan, renonce à tous les territoires nouvellement conquis sur les Parthes et réoriente la politique intérieure en mettant les provinces au premier plan.
Biographie
[modifier | modifier le code]Avant l'accession à l'Empire
[modifier | modifier le code]Origines
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Trajan est souvent désigné à tort comme étant le premier empereur d'origine provinciale[2]. En effet, Marcus Ulpius Traianus descend d’un groupe de colons italiens installés à Italica, dans la province d’Hispanie, la future Bétique, située au sud de la péninsule Ibérique[p 1],[b 1].
Les ancêtres de Trajan, les Ulpii, sont originaires de Todi en Ombrie[b 1]. La cité d'Italica a été fondée en par un mélange de vétérans et de soldats romains et alliés italiens blessés ou malades de l'armée de Scipion l'Africain[b 1]. Il est probable que le premier Ulpius installé en Bétique provienne de cette armée, bien qu'il soit aussi possible qu'il soit arrivé plus tardivement, en tant que civil, à la fin du Ier siècle[b 2]. À l'époque impériale, Italica est encore très majoritairement peuplée de familles italiennes.
Genealogie ascendante
[modifier | modifier le code]| 8. (Marcus Ulpius) (v. -20 - ?) | |||||||||||||||||||
| 4. Marcus Ulpius (Traianus) (v. 5 - ?) notable d'Italica |
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| 36. Caius (Traius) (v. -65 - ?) | |||||||||||||||||||
| 18. Marcus Traius (v. -40 - ?) notable d'Italica sous Auguste | |||||||||||||||||||
| 9. (Traia) (v. -15 - ?) | |||||||||||||||||||
| 2. Marcus Ulpius Traianus (v. 30 - v. 85) consul suffect en 70 | |||||||||||||||||||
| 10. ? (Plotius) (v. -20 - ?) | |||||||||||||||||||
| 5. (Plotia) (v. 10 - ?) | |||||||||||||||||||
| 1. Trajan (18/9/53 - 8/8/117) | |||||||||||||||||||
| 3. (Marcia) (v. 35 - ?) |
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Lieu et date de naissance
[modifier | modifier le code]Hormis Eutrope[a 1], qui écrit au IVe siècle, tous les autres auteurs antiques disent seulement que Trajan est originaire d'Hispanie et que sa famille vient d'Italica, sans pour autant affirmer qu'il est né sur place[k 1].
Le jour de sa naissance est le quatorzième jour avant les calendes d'octobre, c'est-à-dire le [b 3]. L'année de sa naissance est par contre plus discutée, certains auteurs avancent l'an 56, se basant sur sa carrière sénatoriale, mais la grande majorité des historiens modernes considère aujourd'hui que Trajan est né en l'an 53[b 4].
Ascendance et famille
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Son père, Marcus Ulpius Traianus, est un sénateur de premier plan, préteur vers 59/60, légat de la legio X Fretensis durant la révolte juive en Judée en 67[b 4], probablement après avoir été proconsul en Bétique[b 5]. Ulpius Traianus est peut-être un des premiers citoyens non établi en Italie à accéder au rang de sénateur romain et à gouverner sa province d'origine[b 5]. En Judée, il sert aux côtés de Titus sous les ordres de Vespasien[b 5]. Il est nommé consul suffect en 70[k 2],[b 6] ou en 72[i 1],[d 1].
Ulpius Traianus est ensuite élevé au rang de patricien en 73/74 lors de la censure conjointe de l’empereur Vespasien et de son fils Titus[b 7]. À partir de 73 et jusque vers 76-78, Vespasien lui témoigne une grande confiance en lui confiant le poste de gouverneur impérial (légat d'Auguste propréteur) de Syrie pendant environ trois à cinq ans, le mettant à la tête de la principale force militaire en Orient[b 8]. Entre l’automne 73 et 74, le père de Trajan lutte avec succès contre les Parthes[k 2],[b 7], repoussant aisément une incursion de leur roi Vologèse[3].
Pour ses actions, il reçoit les ornements, distinction rare et exceptionnelle pour l'époque[b 7]. Il enchaîne ensuite en étant proconsul d'Asie[b 7] et est fait sodalis Flavialis, c'est-à-dire membre du collège religieux attaché au culte des empereurs divinisés Vespasien puis Titus[b 9]. Il décède probablement avant l'an 98[b 9].
Grâce à son consulat, son appartenance à la classe supérieure et son rang de vir triumphalis, il offre à son fils un chemin tout tracé vers une carrière sénatoriale[4].
On connaît peu la mère de Trajan. Elle fait peut-être partie de la famille des Marcii, au vu du nom de sa fille et des liens de Trajan avec cette famille[b 6], et est probablement issue d’une famille sénatoriale italienne de rang consulaire à l’époque de Tibère[4]. De son mariage avec Marcus Ulpius Traianus est issue, outre Trajan, Ulpia Marciana, née avant 50[b 6]. Elle épouse un Matidius, probablement Caius Salonius Matidius Patruinus, vers 63. Ce dernier est préteur et membre du collège religieux des Frères Arvales avant de décéder en 78[b 3].
De cette union naît Salonina Matidia[b 3]. Cette dernière est mariée au moins deux fois, une première fois avec un Mindius, dont elle a une fille, Matidia, et la deuxième fois avec Lucius Vibius Sabinus, consulaire suffect, et c'est de ce mariage que naît Vibia Sabina, future épouse d'Hadrien[b 3].
Par son père, Trajan a aussi une tante, Ulpia, qui épouse un certain Publius Aelius Hadrianus Marullinus. Ils ont pour fils Publius Aelius Hadrianus Afer et donc pour petit-fils Hadrien[a 2].
En 86, Afer, le père d'Hadrien, décède. Trajan, qui est son cousin, est nommé conjointement avec Publius Acilius Attianus, un chevalier romain né à Italica, tuteur d'Hadrien[d 2],[a 2], alors âgé de dix ans[5], et de sa sœur aînée Aelia Domitia Paulina. Cette dernière épouse vers 90 le futur triple consulaire Lucius Iulius Ursus Servianus[d 3],[a 2].
Jeunesse et mariage
[modifier | modifier le code]On sait peu de choses sur l’enfance et l’adolescence de Trajan. Il reçoit une éducation digne qui comprend, au-delà de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture du grec et du latin, la grammaire et la rhétorique[b 10].
Vers 75/76, il épouse Pompeia Plotina dite Plotine. Elle est née et a grandi à Escacena del Campo, en Bétique, sous le règne de l'empereur romain Néron. Elle est la fille de Lucius Pompeius et Plotia, qui ont de nombreuses relations politiques. Plotine est décrite par les auteurs antiques comme une femme cultivée, intelligente et modeste[6],[a 3],[a 4], de grande vertu et pieuse[b 11]. Elle est aussi réputée pour son intérêt pour la philosophie, et l'école épicurienne d'Athènes est sous sa protection[s 1],[7].
- Famille de Trajan
Portrait d’Ulpius Traianus
père de Trajan,
Aureus vers 115.Buste d’Ulpia Marciana,
sœur de Trajan,
Metropolitan Museum of Art.Buste de Salonina Matidia,
nièce de Trajan,
Musée du Louvre.Buste de Vibia Sabina,
petite-nièce de Trajan,
Musée du Prado.Buste de Pompeia Plotina,
épouse de Trajan,
Musées du Capitole.
Carrière sénatoriale
[modifier | modifier le code]On dispose de peu d’informations sur le début de la carrière sénatoriale de Trajan avant 89[b 9]. Il a probablement été, de 73 à 75, tribun militaire aux côtés de son père en Syrie[k 3],[b 4]. Sous Vespasien en 78, ou sous Titus en 81, Trajan est nommé questeur du trésor sénatorial[b 12]. Il aurait par la suite accompagné son père comme légat dans la province d’Asie à la tête de laquelle ce dernier est nommé proconsul en 79/80 ou 80/81[b 7]. Il servirait près de dix années en tant que tribun militaire, ce qui montre son intérêt pour une carrière militaire[p 1].
Trajan accède à la préture au début du règne de Domitien, probablement en 84 ou 86/87[b 13]. Alors qu’il est habituel pour un patricien de briguer le consulat dans les deux ou trois années qui suivent, Trajan en est peut-être empêché à cause de différends avec Domitien. À la place, en 88, il commande la legio VII Gemina qui stationne dans le nord de l’Hispanie[b 12]. En tant que commandant de légion, Domitien lui ordonne durant l’hiver 88-89 d’écraser la rébellion de Lucius Antonius Saturninus à Mogontiacum (Mayence), en Germanie supérieure. Le soulèvement de Saturninus est néanmoins réprimé par Aulus Bucius Maximus avant que Trajan n’intervienne[b 14],[p 2].
En récompense pour son attitude loyale, il occupe en 91, avec Manius Acilius Glabrio, le consulat éponyme[b 15],[p 1], soit relativement tardivement pour un patricien[k 4].
Fin des Flaviens
[modifier | modifier le code]Les sources sur la carrière de Trajan entre son consulat de 91 et l'année 97 sont obscures et incomplètes, provenant surtout du Panégyrique de Trajan de Pline le Jeune, qui n'est ni fiable, ni clair et même contradictoire[b 16],[r 1]. Ainsi, nous ignorons ce que devient Trajan sur cette période jusqu'à son gouvernorat de Germanie supérieure en 97.
La perte d’une légion romaine dans la guerre contre les Sarmates Iazyges déclenche une crise politique interne[k 5]. Domitien, en tant que Princeps, assume maintenant clairement sa position autocratique face à l’élite romaine. Entre 90 et 95, de nombreuses mesures sont prises pour punir l’adultère, le crime de lèse-majesté et la haute trahison[k 6].
Après , une vague de persécutions élimine les personnes soupçonnées d’être opposées au régime[k 7]. Aux conspirations, nombreuses, Domitien répond également par des exécutions. Cependant, le nombre de sénateurs exécutés (quatorze noms connus) demeure bien plus faible que sous le règne de Claude[k 7]. On assiste surtout à un grand nombre de disgrâces et d'exils[b 17],[8],[9],[p 2].
Domitien se révèle bientôt imprévisible quand, en 95, il fait exécuter son cousin Titus Flavius Clemens[p 2]. Même les membres de sa propre famille ne se sentent plus en sécurité. La peur de tant de personnes est la cause d’un nouveau complot qui conduit, le , à l’assassinat de Domitien[b 18],[p 2]. Il est difficile de savoir dans quelle mesure des sénateurs sont impliqués dans son assassinat. La conspiration n’a été directement menée que par des personnes de l’entourage proche de l’empereur, quelques-uns de ses affranchis et peut-être sa femme Domitia Longina, avec le soutien, actif ou non, des deux préfets du prétoire. La mort de Domitien met fin à la dynastie des Flaviens[8],[9].
Règne de Nerva
[modifier | modifier le code]Un nouvel empereur fragilisé
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En , c’est un sénateur qui monte sur le trône : Nerva, 65 ans, le princeps senatus, qui a une carrière sénatoriale exemplaire et paraît l'antithèse de Domitien[m 1]. En dépit de ses réalisations politiques, son règne révèle de nombreuses faiblesses typiques d’un règne de transition[10],[p 3]. La question de la succession demeure alors ouverte, mais la fin de la dynastie des Flaviens réussit de justesse à éviter une guerre civile, -contrairement à ce qui s'est passé à la fin de la dynastie Julio-claudienne[m 1].
Nerva n’a pas d’enfant et, compte tenu de son âge, il est certain qu’il ne compte pas démarrer une nouvelle dynastie. D'ailleurs, il ne doit son règne qu’aux conspirateurs qui ont assassiné Domitien, bien qu’il ne soit probablement pas l’un des leurs[a 5]. Nerva n’est pas aussi populaire auprès des soldats que l’était Domitien[a 6],[m 1]. Il n’a jamais, durant sa carrière, commandé de légion ni même, a priori, gouverné une province[p 3], et il n'a donc pas le renom militaire nécessaire aux yeux de l'armée[m 1]. Et le Sénat n’accepte pas le nouvel empereur sans controverse[10],[b 19]. Le mécontentement de l’armée et de la garde prétorienne et le faible soutien du Sénat rendent la position de Nerva fragile. Un complot contre lui est mis au jour dès le début de l'année 97[b 20]. En Pannonie, le philosophe Dion de Pruse calme un début de révolte[p 4]. En Germanie supérieure, des mouvements hostiles ont lieu, des camps sont incendiés, une légion est dissoute, mais Trajan, gouverneur de la province, rétablit l'ordre au nom du nouvel empereur[m 1].
Environ un an après son accession au pouvoir, Nerva rappelle Casperius Aelianus, ancien préfet du prétoire sous Domitien resté très populaire parmi les prétoriens[11]. Il avait occupé ce poste jusque vers 94, avant de se retirer ou d'être victime d'une disgrâce. Mais c’est un choix malheureux pour l'empereur. Avec ses soldats, Aelianus réclame la tête des assassins de Domitien et assiège le palais impérial pour capturer les responsables de la mort du dernier des Flaviens, qui n'ont pas été condamnés par le nouvel empereur. Malgré l'opposition de l'empereur, Aelianus réussit à faire exécuter les meurtriers, parmi lesquels certains officiers prétoriens. Ce qui affaiblit la position de Nerva[a 7], au point qu'il est forcé de prononcer un discours public de remerciement pour cette initiative[b 21].

A ce moment commence la véritable lutte pour le pouvoir. Au Sénat, des factions apparaissent qui souhaitent que Nerva se désigne un successeur. Une première soutient Marcus Cornelius Nigrinus, général de Domitien très décoré et gouverneur de Syrie, ce qui le place à la tête de l’armée la plus puissante d’Orient[d 4]. Une deuxième incline en faveur de Trajan, qui occupe alors le poste de gouverneur impérial de Germanie supérieure. Il s’agit peut-être d’empêcher une usurpation de Nigrinius, qui peut paraître imminente, car trois légions et de nombreuses unités auxiliaires, , soit environ 35 000 hommes, sont stationnées en Germanie supérieure sous les ordres de Trajan [n 1]. Le gouverneur de cette région proche de l’Italie pourrait utiliser cette grande armée contre l’empereur en place, ou pour assurer sa protection.
Dans la confusion de la fin d'année 97, alors que les deux factions se livrent une lutte apparente, Trajan reste dans sa province. Parmi ses soutiens, on trouve notamment les sénateurs Lucius Iulius Ursus Servianus, Lucius Licinius Sura, Cnaeus Domitius Curvius Tullus, Sextus Iulius Frontinus et Titus Vestricius Spurinna[d 5],[n 2],[p 1].
Trajan proclamé « César »
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Le 28 octobre 97, Nerva prend les devants, monte au Capitole, et adopte solennellement Trajan [m 1] en ces termes selon Dion Cassius : « Puisse la chose être heureuse et favorable pour le Sénat et le Peuple romain, ainsi que pour moi-même ! J'adopte Marcus Ulpius Nerva Traianus »[a 7],[b 21]. Il est probable que cette décision soit celle de Nerva seul, mais il est possible qu'il ait été guidé dans son choix par Lucius Licinius Sura, qui encourage Trajan à s'emparer du pouvoir impérial pour éviter une crise[b 22]. De plus, son rival Cornelius Nigrinus est issu d'une famille indigène hispanique, équestre, et qui ne possède donc pas le prestige de la famille de Trajan, dû notamment aux mérites du père de ce dernier[d 6].
En , ce dernier apprend qu’il est adopté et de fait associé au pouvoir, de sorte que toute opposition à Nerva s’efface. Les prétoriens se souviennent aussi des événements de 69 et savent qu'ils ne peuvent affronter avec succès les légions. Pris de court, ils doivent s'incliner[p 1]. Trajan est reconnu comme successeur de Nerva, le Sénat ratifie en accordant à Trajan le titre de « César », la puissance tribunitienne et l’imperium maius, ainsi que le consulat pour l'an 98. Trajan prend le surnom de Germanicus[p 4]. L’année 98 commence donc avec le consulat conjoint de Trajan et Nerva. Il est probable que Trajan n'ait jamais rencontré Nerva, les sources historiques n'indiquent pas qu’il y ait eu une rencontre entre les deux hommes. Il est dans tous les cas certain que durant le règne de Nerva, Trajan resta en Germanie et ne vint jamais le rejoindre à Rome.
Quand la nouvelle de la mort de l’empereur Nerva se répand le , Trajan est à Cologne[a 7],[b 23]. Ce serait Hadrien, son petit neveu et futur empereur, qui aurait été le premier à lui transmettre le message[a 8].
Trajan, alors très populaire au sein de l’armée et apprécié de la majorité du Sénat[b 23], continue d'écarter les adversaires de l’époque de Nerva. Nigrinius est épargné mais son gouvernorat en Syrie lui est retiré dès l'adoption de Trajan fin 97, de sorte qu’il perd tout soutien de l’armée. Il se retire dans sa région natale, en Hispanie, pour y finir ses jours[d 7]. Trajan fait mander le préfet du prétoire Casperius Aelianus sur le Rhin, et ce dernier est soit exécuté, soit forcé de se retirer[a 4].
Principat
[modifier | modifier le code]Premières années de règne
[modifier | modifier le code]Inspection des frontières septentrionales
[modifier | modifier le code]Trajan fait en sorte que Nerva soit divinisé sur décision du Sénat[b 24]. Il fait porter ses restes dans le mausolée d'Auguste[a 9].
Malgré la mort de son prédécesseur, Trajan demeure en Germanie et ne revient à Rome que près de deux ans plus tard. Une absence si longue du princeps à Rome est inhabituelle et chacun s’attend à une guerre imminente contre les Germains[a 10]. Trajan nomme pour lui succéder à la tête de la province de Germanie supérieure Lucius Iulius Ursus Servianus[d 8] et confie la Germanie inférieure à Lucius Licinius Sura : ces deux hommes de confiance deviennent deux piliers du nouveau régime[d 9].

Trajan passe l’année 98 en inspection le long du Rhin et du Danube. Les deux premières années de son règne lui servent à consolider la paix le long des frontières septentrionales de l’Empire. Le territoire frontalier est aménagé avec la construction de voies sur la rive droite du Rhin permettant le développement de ces provinces et l’agrandissement des zones de défense. Une voie reliant Mayence à Baden-Baden et Offenbourg sur le Rhin est achevée ainsi qu’une autre reliant Mayence, Cologne et Nimègue[12].
Durant l’hiver 98-99, Trajan inspecte les provinces danubiennes et prend des mesures pour élargir et consolider les défenses frontalières, poursuivant ainsi la politique de Domitien. C’est à ce moment que débute la mise en place du limes entre le Neckar et Odenwald. Cette mission d’inspection permet à Trajan de s’assurer la fidélité des troupes frontalières et des provinciaux. Si le véritable but de ces déplacements est de préparer la guerre contre les Daces[12], rien dans les sources antiques ne permet de le confirmer. L'empereur étend l'influence romaine jusqu'au Weser en Rhétie. Trajan renforce la sécurité des champs Décumates en poursuivant la construction d'un retranchement commencé par Domitien[13].
Retour à Rome
[modifier | modifier le code]À l’automne 99, Trajan revient à Rome.
Même si son absence de deux ans a servi à assurer la paix sur les frontières septentrionales et n’a pas été due à une guerre contre les Germains, le retour de Trajan est célébré comme une victoire[a 11]. Il a cependant lieu sans faste. Il s’installe à Rome modestement, sans démonstration de son pouvoir. Les sénateurs l’accueillent simplement par un baiser[b 25].
En son absence en 99, Aulus Cornelius Palma Frontonianus et Quintus Sosius Senecio sont consuls éponymes, le deuxième étant un des plus proches conseillers de Trajan et une des figures publiques les plus en vue sous son règne. L'empereur a placé Sextus Attius Suburanus Aemilianus à la préfecture du prétoire. Pour son retour, en 100, Trajan s'octroie le consulat aux côtés de Sextus Iulius Frontinus, qui atteint alors le consulat pour la troisième fois à l'instar de l’empereur lui-même.
Rapports avec le Sénat
[modifier | modifier le code]Le règne de Trajan, pensé en contraste avec celui de Domitien, est marqué par une coopération avec les sénateurs et une bienveillance envers eux[p 5].
Dans ses premières lettres adressées au Sénat depuis la Germanie, Trajan promet qu’aucun sénateur ne pourra être exécuté sans procès devant la Curie[a 4]. L’une de ses premières mesures est d’annoncer, par l’intermédiaire des pièces de monnaie frappées dès le début de son règne, qu’il a reçu son pouvoir du Sénat[14].,[15]. Il fait revenir d'exil un grand nombre de sénateurs et chevaliers et leur rend leurs biens confisqués sous Domitien, un processus commencé par Nerva. Contrairement à Domitien, Trajan n’est jamais accusé de s’enrichir personnellement aux dépens des citoyens, notamment des sénateurs. Il n’use pas non plus de procès de lèse-majesté, même contre les sénateurs. Il confie des postes haut placés à des chevaliers et sénateurs qui se sont opposés à Domitien[b 26].
Trajan fait preuve de modération quand il décline une première fois le titre de Pater patriae offert par le Sénat. Il ne l’accepte finalement qu’à l’automne 98[b 26]. Il rompt également avec la pratique des Flaviens consistant à occuper de nombreuses fois le consulat[p 5]. Durant son principat, il n'est consul que quatre fois, en 100, 101, 103 et 112, dont trois fois au début de son règne. Il n'hésite pas à octroyer le consulat éponyme à des sénateurs l'ayant déjà exercé à plusieurs reprises[k 8],[n 2], tels que Sextus Iulius Frontinus, consul pour la troisième fois en 100 et Lucius Licinius Sura en 107, ainsi que d'autres qui, sous son principat, exercent le consulat pour la deuxième fois, en tant qu'éponymes[N 2].
Grâce à ces signaux, qui lui permettent de se définir comme l’égal du Sénat, Trajan souligne la position idéologique des sénateurs, au centre de l’État, et renforce sa propre position en tant que primus inter pares. Malgré tout, Pline, bien qu’impressionné de pouvoir désigner l’empereur comme « un des nôtres »[a 12], reste lucide en écrivant : « le Prince n’est pas soumis aux lois, ce sont les lois qui lui sont subordonnées »[a 13].

Depuis que Trajan a succédé à Nerva sans être son fils, ni son descendant biologique, l’idée d’Optimus Princeps est apparue. La notion de « choix du meilleur » — parmi les candidats à la succession — au moyen du principe de l’adoption après consensus du Sénat, se propage après coup, notamment via Pline le Jeune et son Panégyrique de Trajan[a 14],[r 1].
Malgré tout, la domination de Trajan sur le Sénat et son pouvoir réel demeurent inchangés. L’empereur seul assure la direction de l’Empire, comme le reconnaît justement Pline le Jeune : « tout dépend de la volonté d’un seul homme »[a 15],[p 5].
Trajan plaît aussi au peuple de Rome, grâce à des distributions généreuses, puis à l'organisation de jeux et de triomphes magnifiques[p 5],[r 2]. Fronton loue l'habilité de Trajan pour gagner les faveurs des pauvres, autant que des riches Romains, par de grands spectacles publics[16]. Trajan séduit aussi les provinciaux, passant pour l'un des leurs. Enfin, il renoue avec les philosophes, longtemps brouillés avec les empereurs, tels que Néron ou les Flaviens. Dion de Pruse est notamment l'un de ses conseillers[p 5],[s 2].
Cette politique représente un éloignement volontaire du règne de Domitien, perçu comme tyrannique. Trajan est acclamé pour ces nouvelles dispositions, mais également pour son respect des anciennes vertus[N 3]. Avant le , Trajan reçoit du Sénat et du peuple romain le titre honorifique d’Optimus Princeps, en référence à Jupiter, dieu Optimus Maximus et sage, alors que Domitien se plaçait sous la protection de Minerve, déesse de la guerre[17]. Plus tard, on le nomme « meilleur et plus noble des princes »[k 9], titre qui apparaît sur les pièces de monnaie à partir de 103[k 10]. Selon l'historien Christophe Burgeon, Trajan n'inséra formellement le titre d'Optimus Princeps dans sa titulature officielle qu'en 114[18].
Guerres daciques
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Contexte historique
[modifier | modifier le code]La paix signée par Domitien avec Décébale en l'an 89 à la suite de la guerre dacique de Domitien, avec le versement de subsides et l'aide d'ingénieurs romains, est une situation humiliante pour l'Empire, tout comme la reconnaissance d'un seul et unique roi des Daces, qui permet l'union de tout un royaume à la frontière des provinces romaines. L’empereur Trajan a également besoin d’un succès militaire pour asseoir sa légitimité[k 11].
L’occupation des montagnes de Dacie entraînerait la désorganisation et donc l’affaiblissement des peuples du bassin des Carpates, ce qui permettrait un développement pacifique des provinces frontalières de Mésie et de Thrace. Les riches gisements en or et en divers minerais de la Dacie sont peut-être un argument supplémentaire incitant à la conquête de la région[a 16]. Mais cet aspect ne doit pas être surestimé[k 11] : il semble qu'il n'ait pas été le principal objectif de Trajan. Ce dernier estime d’abord comme son devoir de punir Décébale, roi des Daces, qu’il tient pour responsable des résultats désastreux des campagnes de Domitien en 85 et 86[b 27],[a 17].
Première guerre
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Le , Trajan quitte Rome à la tête de la garde prétorienne, accompagné de son préfet du prétoire Tiberius Claudius Livianus[a 18] ainsi que d’un certain nombre de compagnons parmi lesquels Lucius Licinius Sura[a 18], Quintus Sosius Senecio[d 9], Lusius Quietus[a 19], Cnaeus Pompeius Longinus[b 28] et Publius Aelius Hadrianus, et se dirige vers la province de Mésie supérieure. Pour soutenir l’expédition, Trajan nomme de nouveaux gouverneurs dans les provinces limitrophes : Caius Cilnius Proculus en Mésie supérieure, Manius Laberius Maximus en Mésie inférieure et Lucius Iulius Ursus Servianus en Pannonie[b 29]. Il réunit une armée composée des légions danubiennes ainsi que d’unités auxiliaires et de vexillations d’autres légions. Au total, ce sont environ 150 000 hommes qui sont déployés par l’Empire, dont 75 à 80 000 légionnaires et 70 à 75 000 auxiliaires[19],[b 30],[r 3].

Après avoir traversé le Danube, l’armée romaine progresse en territoire dace sans rencontrer une grande résistance. Les Daces espèrent ainsi forcer les Romains à quitter leurs lignes de communications et d’approvisionnement et les isoler dans les montagnes. Jusqu’à Tapae, unique bataille de cette première campagne, Décébale évite tout affrontement armé[b 31]. L’armée romaine engage alors le combat contre l’armée dace dans la bataille de Tapae. Celle-ci, comme le montrent les reliefs de la colonne[f 1], tourne en faveur des Romains, après des combats acharnés[a 20]. Il ne s’agit pas pour autant d’un combat décisif[r 3], les Daces pouvant encore se replier dans les bastions des monts d’Orastie, bloquant ainsi la route menant à Sarmizegetusa Regia. L'arrivée de l'hiver marque l'arrêt des manœuvres. Trajan fait hiverner ses troupes en territoire ennemi et établit des garnisons autour de Sarmizegetusa, empêchant son ravitaillement.
En récompense de leurs services dans la première année de campagne, Lucius Licinius Sura et Lucius Iulius Ursus Servianus retournent à Rome pour devenir consuls éponymes[b 32]. Quintus Sosius Senecio remplace Caius Cilnius Proculus en Mésie[d 9].

Au cours de l’hiver 101-102, Décébale, encerclé à l’ouest par les légions, décide de passer à l’offensive en ouvrant un nouveau front afin de diviser les forces romaines et libérer Sarmizegetusa. Le roi décide d’attaquer la Mésie inférieure, soutenu par les Sarmates Roxolans[f 2],[k 12],[r 3]. Les deux armées, dace et sarmate, traversent le Danube et remportent quelques succès militaires. Le général Manius Laberius Maximus, gouverneur de la province, parvient néanmoins à les tenir à distance. Trajan quitte les monts d’Orastie, tout en y laissant une garnison suffisante pour supporter le harcèlement ennemi, et, grâce aux routes et à la flotte danubienne[f 3], intervient rapidement. Les forces daces et roxolanes sont arrêtées, peut-être l’une après l’autre, près de l’endroit où sera fondée la ville de Nicopolis ad Istrum par Trajan pour honorer la victoire[a 21],[a 22], peut-être après avoir vainement assiégé le fort légionnaire de Novae[f 4]. Les Daces sont ensuite sévèrement défaits à la bataille d'Adamclisi, en Dobroudja[r 3],[p 6].

Vers le mois de , Trajan reprend alors l’offensive et avance de nouveau vers le royaume de Dacie, sur plusieurs fronts. La première colonne traverse le Danube au niveau du limes Oescus-Novae et continue le long de la vallée de l’Ost jusqu’au col suffisamment large et accessible de Turnu Rosu[r 3]. Les deux autres colonnes progressent selon des itinéraires parallèles, et le point de jonction des trois colonnes se situe à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Sarmizegetusa[b 33], prenant la capitale dace à revers[r 3]. Décébale, affaibli par sa défaite à Adamclisi et déstabilisé par la progression simultanée de l’armée romaine sur trois fronts dans un vaste mouvement de tenaille, voyant les forteresses daces tomber une à une et l’ennemi s’approcher de la capitale, décide de négocier une première fois la paix, mais c'est un échec et la guerre continue. Décébale, acculé à la paix[r 3], capitule, espérant éviter le massacre de la population de la capitale[f 5],[a 23].
Les conditions de paix imposées par Trajan marquent la fin de la première guerre dacique. Malgré les succès remportés, il est clair que la grande victoire romaine attendue n’a pas eu lieu, en raison de l’affaiblissement des troupes romaines qui a empêché Trajan de pousser plus loin son avantage[k 13]. Malgré des conditions de paix qui semblent très dures, Décébale préserve son pouvoir, maintient l'unité de son royaume ainsi que la majeure partie de son territoire[r 4],[m 2]. On ignore si l'objectif de Trajan est alors d'essayer de transformer le royaume dace en état client ou s'il pense déjà à une deuxième campagne décisive[r 5]. À son arrivée à Rome à la fin du mois de , Trajan célèbre un triomphe et prend le titre de « Dacicus »[r 5],[a 24].
Entre les deux guerres
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À la suite de ce premier traité, les Romains fortifient leurs positions dans les territoires occupés. Une autre réalisation importante est la construction du pont de Trajan enjambant le Danube à Drobeta sous la direction d’Apollodore de Damas, entre 103 et 105, un chef-d’œuvre de l’architecture antique[k 14],[r 3], permettant de relier aisément Sirmium au Banat nouvellement annexé. Trajan s'emploie aussi sur le long du Danube moyen, sur la frontière panonienne, se méfiant des Marcomans, des Quades et des Iazyges qui n'ont pourtant pas soutenu les Daces mais restent menaçants[p 6].
Les préparatifs de guerre des Romains n’étant pas passés inaperçus, Décébale fait relever les forteresses détruites, reconstruit les fortifications autour de la capitale, forme une nouvelle armée. Il cherche à nouer de nouvelles alliances[a 25].
Seconde guerre
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En 105, les Romains subissent l'attaque des Daces[r 5]. Décébale reprend le Banat, alors sous contrôle romain[k 15],[p 7],[m 2] puis attaque la Mésie romaine. Le fait que Décébale ne semble vouloir respecter aucune condition du traité de paix rend légitime une deuxième guerre. Le Sénat déclare alors la guerre pour la deuxième fois au royaume de Dacie[a 26].
Trajan repart pour la Dacie en [a 27],[i 2]. Il réunit une armée plus importante que lors de la première guerre, quatorze légions et de nombreuses unités auxiliaires[k 16],[r 3], dont deux nouvelles légions : la II Traiana Fortis et la XXX Ulpia Victrix[a 28]. Cela représente environ 175 à 200 000 hommes qui sont déployés par l’Empire, pour moitié des légionnaires, pour moitié des troupes auxiliaires. Il s'agit de près de la moitié des effectifs militaires de l’Empire[r 3]. Lucius Licinius Sura accompagne à nouveau l'empereur en tant que conseiller, ainsi que Lusius Quietus et ses Maures, et les généraux de l’empereur sont Quintus Sosius Senecio et Caius Iulius Quadratus Bassus[d 9].

L'empereur, en arrivant sur les rives du Danube, fait sans doute face à une situation difficile. Les incursions daces ont dévasté la province de Mésie inférieure. Selon les reliefs de la Colonne Trajane, Décébale serait même parvenu à prendre possession de plusieurs forts auxiliaires. De nombreux forts romains en Valachie sont occupés ou assiégés par les Daces, tout comme ceux construits le long du Danube. Le travail de reconquête dure tout l’été de 105, repoussant l’invasion du territoire dace à l’année suivante. Trajan vient renforcer les troupes du gouverneur de Mésie inférieure, Lucius Fabius Iustus[b 34], et repousse les Daces.
Pour l'année 106, Trajan réunit son armée et traverse le Danube sur le grand pont de Drobeta. Les alliés de Décébale, les Bures, les Roxolans et les Bastarnes, à l’annonce des préparatifs de guerre de Trajan, abandonnent le roi dace. Celui-ci, attaqué sur plusieurs fronts[f 6] oppose une résistance désespérée et acharnée qui fait de nombreuses victimes. Décébale refuse de capituler et est contraint de quitter Sarmizegetusa. Finalement, après un long et sanglant siège, la capitale cède sous les coups des armées romaines qui se sont réunies depuis la fin de l’été[r 5]. Toutes les forteresses des monts d’Orastie sont tombées[20]. Trajan décide de ne pas accorder des conditions de paix semblables à la précédente paix. La soumission définitive de la Dacie est nécessaire et pour cela, il faut construire des routes, des forts et isoler l’ennemi sans lui concéder aucun avantage[r 5]. Décébale cherche d’abord à trouver refuge dans le nord, dans les montagnes des Carpates[k 17], mais, une fois encerclé, se suicide[a 29],[f 7],[k 18].
C’est la fin de la guerre. Pendant plusieurs mois, l’armée romaine est encore engagée dans des actes de répression qui permettent de calmer l’agitation de la population locale[f 8]. La monnaie de l’année célèbre la « Dacia capta »[i 3].
Annexion de la Dacie
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Le cœur du royaume dace, l’Olténie et le Banat, est intégré dans une nouvelle province romaine, la province de Dacie[a 29],[f 7], qui se limite à la bordure de l'arc des Carpates, à la Transylvanie et aux massifs occidentaux[r 5],[p 7].Selon Eutrope :
« il fit une province romaine des terres trans-danubiennes, occupées aujourd'hui par les Taïphales, les Victophales et les Thervinges, et qui ont un circuit d'un million de pas »
c'est-à-dire le périmètre des frontières de Dacie[a 30]. Le royaume dace ne disparaît donc pas totalement, quelques régions demeurent libres. La ville nouvellement fondée de Colonia Ulpia Traiana Augusta Sarmizegetusa Dacica[k 19] devient la capitale de la nouvelle province. Elle est très rapidement reliée à Apulum et Porolissum où stationnent d'importantes garnisons romaines[p 7]. Une grande partie des plaines de Valachie et la Moldavie est intégrée à la province de Mésie inférieure qui est agrandie[21],[22],[p 7]. La création de la province de Dacie en 106 est très probablement accompagnée par la réorganisation militaire du cours du Danube. C'est à cette occasion que la province voisine de Pannonie est divisée en deux : d'une part la Pannonie supérieure et d'autre part la Pannonie inférieure[r 6].
Récemment, des découvertes archéologiques ont remis en cause le mythe de l'extermination, de la déportation ou du bannissement des Daces par les Romains[23],[24]. Néanmoins, on ne peut nier les importants bouleversements démographiques qui ont eu lieu[k 20],[25]. Bien qu’une grande partie de la population et de l’élite daces ait finalement abandonné Décébale au profit de l’armée romaine, l’ancienne aristocratie est éliminée. Les populations des villes daces du cœur du royaume, région montagneuse et difficile à surveiller, sont déplacées vers les plaines[26]. Les villes sont détruites et les Romains fondent à la place de nombreuses colonies, plus petites, dans lesquelles s'installent des colons romains issus de provinces avoisinantes[b 35]. De même, toutes les résidences royales sont détruites. Le phénomène le plus impressionnant reste la disparition presque complète de l’ancienne religion dace[k 21]. Selon Criton, médecin de Trajan, ce sont près de 500 000 prisonniers daces qui sont ramenés à Rome pour participer aux spectacles donnés lors de la célébration du triomphe de Trajan mais cette estimation semble avoir été exagérée d'un facteur dix et les Romains auraient en réalité fait 50 000 prisonniers[b 35],[27]. Une grande partie des hommes aptes au travail et qui ne font pas partie des prisonniers de guerre sont enrôlés dans l’armée romaine, une procédure qui permet de diminuer le risque de révolte et d’augmenter les effectifs de l’armée[k 22].
L'annexion du royaume dace semble précipitée et contraire aux habitudes romaines qui traditionnellement la font précéder par l'établissement d'un royaume client. Il s'agit peut-être de stabiliser au plus vite la frontière face à la menace barbare qui pèse sur la région du moyen Danube mais il s'agit peut-être aussi pour Trajan de prendre rapidement le contrôle des riches mines d'or et d'argent que compte le territoire[28], ainsi que des trésors du roi. Quoi qu'il en soit, cette nouvelle province apporte à l'empereur d'importantes ressources qui sont vite épuisées dans la préparation des campagnes contre les Parthes[p 7] et dans des constructions grandioses célébrant la victoire de Trajan comme les reliefs des arcs de triomphe de Bénévent et d’Ancône, ceux du forum de Trajan à Rome ou comme le Tropaeum Traiani érigé à Adamclisi en 109.
D'après les sources antiques, la conquête de la Dacie a en effet permis de rassembler un butin impressionnant[a 31],[f 9] s'élevant à près de 50 000 prisonniers de guerre, 165 tonnes d’or et 331 tonnes d’argent[29]. Trajan semble avoir tiré de son butin environ 2 700 millions de sesterces. S'étant vu accordé l’honneur d’un grand triomphe, il utilise une partie du butin pour donner de grands spectacles de gladiateurs, près de 5 000 duels ont lieu[30], et des courses de chars dans le Circus Maximus. Les spectacles sont étalés sur plus de cent jours[r 2], entre 108 et 109. Il finance également ex manubiis (littéralement « grâce au produit du butin ») la construction d'un nouveau forum et confie la direction des travaux à l’architecte Apollodore de Damas[b 24]. C'est dans ce forum qu'est érigée la célèbre colonne Trajane sur laquelle figure une frise longue de deux cents mètres qui s’enroule en spirale autour du fût et qui raconte les exploits militaires de Trajan et de ses généraux[b 24].

Trajan récompense ses plus fidèles lieutenants qui ont joué un rôle de premier plan lors des guerres daciques comme Lucius Licinius Sura qui se voit accorder l’extraordinaire honneur d’un troisième consulat en 107[d 10] et Quintus Sosius Senecio qui obtient son deuxième consulat éponyme en 107 et à qui on octroie les décorations militaires doubles (dona militaria). Il reçoit aussi les insignes triomphaux[d 11] et est honoré de son vivant d'une statue de bronze dans le forum d'Auguste[a 32]. Caius Iulius Quadratus Bassus est également récompensé et reçoit les ornements triomphaux[31] ainsi que Lusius Quietus qui est élevé à la préture, lui permettant ainsi d'accéder au Sénat[a 33], pour son action déterminante à la tête de la cavalerie auxiliaire maure[a 33].
Déplacement du noyau militaire du Rhin au Danube
[modifier | modifier le code]La conquête de la Dacie modifie profondément les données stratégiques de l’Empire romain, la plus forte concentration de légions romaines passant du noyau rhénan aux rives danubiennes et à la Dacie romaine[r 7]. En effet, il n'y a plus que quatre légions dans les provinces de Germanie contre huit au Ier siècle[r 7], alors que les provinces danubiennes en ont dorénavant onze : trois en Pannonie supérieure, une en Pannonie inférieure[r 8], deux dans chacune des provinces de Mésie[s 3] et trois en Dacie[r 8].
Annexion de l'Arabie Pétrée
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En 106, alors qu'il mène campagne en Dacie, Trajan ordonne au gouverneur impérial de Syrie, Aulus Cornelius Palma Frontonianus, d'annexer le royaume nabatéen de Pétra[a 34], sans doute après la mort du roi Rabbel II[s 4]. Ce royaume est alors l'un des derniers territoires protégés par Rome mais non intégrés à l'Empire[p 8], avec l'État client d'Osroène autour d'Édesse, quelques territoires dans le Caucase et le cas épineux du royaume d'Arménie[s 5].
Il n'y a apparemment aucun combat, mais l'annexion fait peut-être suite à une campagne militaire à la tête des légions de Syrie et d'Égypte commencée en 105 qui n'a, semble-t-il, rencontrée aucune résistance[p 8],[m 3],[s 4]. Dion Cassius[a 34] et Ammien Marcellin[a 35], qui écrivent respectivement près d'un siècle et plus de deux siècles après les faits, indiquent que la conquête du royaume s'est faite avec résistance. Toutefois, les pièces de monnaie contemporaines frappées à la suite de l'annexion parlent d'une acquisition (Arabia adquisita : « l’Arabie acquise »), et non d'une conquête militaire. De plus, Arabicus n'a pas été ajouté à la titulature impériale de Trajan, ce qui semble indiquer qu'il s'agit donc d'une annexion pacifique[32],[33].
Cette annexion permet de renforcer la frontière orientale de l’Empire en vue d'une campagne contre les Parthes, de rendre sûre la liaison commerciale entre l'Égypte, la Judée et la Syrie[m 3] et de mettre fin au monopole des bédouins caravaniers comme intermédiaires sur le commerce de la mer Rouge[p 8],[34],[35]. Trajan fait de Bosra la capitale de la nouvelle province impériale d'Arabie Pétrée (provincia Arabia), qui est créée le [32],[s 4] et formée du royaume conquis et de la décapole déjà romaine.
Probablement pour l'annexion du royaume nabatéen[33], Cornelius Palma est honoré des ornements triomphaux[33],[i 4] et, de son vivant, d'une statue[a 36] de bronze dans le forum d'Auguste[33],[i 4], à l'instar de Quintus Sosius Senecio, pour son rôle décisif dans les guerres daciques, et de Lucius Publilius Celsus[a 36], pour des raisons inconnues.
Politique intérieure
[modifier | modifier le code]Restauration du territoire italien
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Pendant six ans, de 107 à 113, Trajan reste à Rome. Sa politique est alors marquée par son paternalisme et est davantage concentrée sur l’Italie. Nerva a déjà donné à l’Italie une place particulière au sein de l’Empire, comme l’attestent les monnaies de l’époque. Trajan poursuit cette politique. Au travers d’un édit, Trajan force les candidats aux fonctions sénatoriales à investir au moins le tiers de leurs biens sur le sol italien[a 37],[p 9],[r 9].
Comme son prédécesseur, Trajan s’attelle à améliorer le réseau routier italien : entre 108 et 114, les travaux de la via Traiana qui relie Beneventum à Brundisium sont achevés, vraisemblablement sous les ordres du curateur des voies Quintus Pompeius Falco, permettant d’alléger le trafic sur la via Appia qui dessert aussi Brundisium. Le point de départ de la via Traiana est marqué par un arc de triomphe dont les reliefs ne laissent aucun doute sur le programme de restauration de l'Italie qu'engage l’empereur[36],[37]. Cette voie permet de relier plus rapidement Rome au port de Brundisium, lieu de départ pour la Grèce et l'Orient, et cela à la veille des guerres parthiques[37]. En outre, les délais de voyage ont été nettement améliorés dans de nombreuses régions d’Italie notamment grâce au développement de régions comme l’est des Pouilles et la Calabre.

En l'an 103, Trajan fait construire au nord d’Ostie un autre port plus à l'intérieur[38], un bassin hexagonal communiquant par des canaux avec le port de Claude, avec le Tibre directement[39], et avec la mer. L’accès de nouveau port dépend moins des conditions climatiques pour assurer l’approvisionnement de Rome en blé, en matériaux de construction et en marbre[40].
Il fait agrandir également les ports d’Ancône, de Centumcellae et de Terracina. Ce rôle prépondérant donné à l’Italie et les actions politiques de Trajan allant dans ce sens se retrouvent sur les sujets figurant sur les pièces de monnaie frappées durant cette période. Ces pièces sont estampillées de la devise « Restauration de l’Italie » (Italia rest[ituta])[i 5].
Embellissement de la capitale
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Peu de temps après le début de son règne, Trajan se lance dans un vaste programme d’urbanisation pour embellir la capitale, pour le bénéfice du peuple et pour sa propre gloire et postérité. Il consacre beaucoup d’attention à l’entretien et à la réhabilitation, des infrastructures civiles. Par exemple, il fait rénover et agrandir le système d’approvisionnement en eau. L’Aqua Traiana,