Monoforme
La Monoforme est le nom[1] que donne le cinéaste Peter Watkins au schéma narratif dominant[2] dans la production audiovisuelle de son époque.
Caractérisation
[modifier | modifier le code]La caractérisation de la monoforme peut s'opérer sur la base des éléments suivants :
- un enchaßnement rythmé et répétitif de courtes séquences pouvant se schématiser de la façon suivante :
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- oĂč les barres verticales correspondent aux coupures rĂ©alisĂ©es lors de la phase de montage du film ou du documentaire ;
- le recours à des séquences parallÚles, sans rapport étroit entre elles, donnant l'impression au spectateur de passer rapidement du coq à l'ùne ;
- le passage brusque à différents plans de perspective : plan rapproché, plan large, etc.
- une camĂ©ra qui « tournoie » et ne cesse d'ĂȘtre en mouvement laissant ainsi peu de place Ă de longs plans fixes ;
- une place limitée étant accordée à l'expression des personnages intervenant dans le film ou le reportage ;
- l'utilisation massive, par-dessus ce flot d'images, de musiques saturées ainsi qu'un recours systématique à de nombreux effets sonores.
Les journaux télévisés comptent parmi les émissions les plus empreintes de la monoforme. Les courts plans, composant les reportages, peuvent y avoir une durée moyenne de trois à quatre secondes seulement.
Incidence sur le spectateur
[modifier | modifier le code]Peter Watkins utilise l'image d'un docteur venant frapper de son marteau le genou de dizaines de spectateurs, savamment alignĂ©s, afin d'obtenir, chez eux, une mĂȘme rĂ©action simultanĂ©e : un bruit strident et c'est une salle entiĂšre qui se dresse horrifiĂ©e sur sa chaise.
CombinĂ© Ă ces enchaĂźnements rapides, ces effets techniques, un schĂ©ma narratif trĂšs directif, et les spectateurs ressentent tous les mĂȘmes sentiments â peurs, tristesse, sentiment de justice ou d'injustice â lĂ oĂč l'interprĂ©tation du spectateur aurait pu ĂȘtre plus ambiguĂ« ou nuancĂ©e.
Schémas narratifs alternatifs
[modifier | modifier le code]La voie Watkins
[modifier | modifier le code]- « le tout sans autre nouveauté qu'un espacement de la lecture »
- Stéphane Mallarmé, Préface à Un coup de dés.
Dans le film de Peter Watkins sur la Commune de Paris, La Commune (Paris, 1871)[3], on peut voir les longs et lents dĂ©placements d'une camĂ©ra qui va de groupe en groupe de discussions, comme autant de regards, Ă chaque fois partiel, sur l'Ă©vĂ©nement historique. Un rivage oĂč viendraient se jeter continuellement de nouvelles vagues, comme autant d'aventures du regard, saisissant Ă chaque fois un nouvel angle de la situation, Ă chaque fois construisant une nouvelle diffĂ©rence avec les regards prĂ©cĂ©dents. Chacune de ces vagues n'a pas pour prĂ©tention d'atteindre la totalitĂ© ou de porter une vĂ©ritĂ© en soi. Si un sens se dĂ©gage finalement, c'est de l'accumulation de toutes ces vagues, de toutes ces diffĂ©rences qu'il naĂźt dans l'esprit du spectateur.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â Lannuzel Michelle, « Peter Watkins, La Commune (Paris, 1871), 2000-2007 », Raison prĂ©sente, no 165,â , p. 115-116 (lire en ligne)
- â Milovanoff 2003, p. 130.
- â « Quand la monoforme est bousculĂ©e », sur L'HumanitĂ©, (consultĂ© le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) la Monoforme sur le site personnel de Peter Watkins : la version française de ces textes a été publiée par les éditions HomnisphÚres en 2004 sous le titre Media Crisis.
- Entretien avec Peter Watkins sur la « Monoforme »
