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Pétroleuse

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Caricature de « pĂ©troleuse » d’aprĂšs une carte postale versaillaise de 1871.

PĂ©troleuse est le terme qualifiant une femme accusĂ©e d’avoir employĂ© du pĂ©trole pour allumer des incendies, en 1871, pendant les incendies de Paris lors de l’écrasement de la Commune de Paris par les Versaillais, notamment pendant la Semaine sanglante. Il s'agit en rĂ©alitĂ© d'un concept qui dĂ©signe plus un stĂ©rĂ©otype sur les Communardes qu'une rĂ©alitĂ©, les femmes accusĂ©es de ces faits n'ayant pas Ă©tĂ© reconnues coupables.

Définition

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Le mot « pĂ©troleur » existe dĂ©jĂ  en 1871, mais son fĂ©minin « pĂ©troleuse » apparaĂźt Ă  l'occasion de la Commune comme une insulte envers des femmes qui mettraient le feu grĂące au pĂ©trole. Il est utilisĂ© par les ennemis des Communards pour critiquer les femmes et est souvent associĂ© Ă  des adjectifs tels que « bestial, cruel, farouche, fanatique, fĂ©roce, furieux, obscĂšne ». Dominique Lagorgette, pour souligner le caractĂšre insultant du terme, Ă©crit : « On se demandera dĂšs lors quels Ă©taient les traits permettant d’identifier ces femmes, puisque les accusĂ©es prises sur le vif n’existent pas. Ceci explique pourquoi le mot, trĂšs rapidement aprĂšs les annĂ©es 1870, pourra renvoyer indiffĂ©remment Ă  toute femme communaliste, mĂȘme si le sens premier reste vivace. »[1]

La Barricade, lithographie de Lefman d'aprĂšs Bertall.

Des recherches rĂ©centes par les historiens de la Commune de Paris, comme Robert Tombs et Gay Gullickson, ont rĂ©vĂ©lĂ© qu’il n’y eut en fait aucun incident avĂ©rĂ© d’incendie volontaire commis par des femmes, et qu’aucune femme n’avait rĂ©ellement Ă©tĂ© condamnĂ©e comme incendiaire[2].

Parmi les milliers de Communardes prĂ©sumĂ©es jugĂ©es aprĂšs la Commune, seules quelques-unes furent reconnues coupables, et elles avaient Ă©tĂ© condamnĂ©es pour avoir tirĂ© sur les troupes versaillaises, et non comme incendiaires. Lorsque les archives sont devenues consultables au XXe siĂšcle, la consultation des actes des procĂšs officiels pris par les autoritĂ©s versaillaises rĂ©vĂšle que ces accusations sont dĂ©nuĂ©es de fondement, et qu’aucune femme n’a jamais Ă©tĂ© condamnĂ©e pour incendie criminel[3]. Les bĂątiments incendiĂ©s Ă  la fin de la Commune ne l’ont pas Ă©tĂ© par des pĂ©troleuses. L’hĂŽtel de ville fut dĂ©truit par les membres de la Garde nationale pendant leur retraite. Les bĂątiments le long de la rue de Rivoli brĂ»lĂšrent au cours des combats de rue entre les Communards et les troupes versaillaises, tandis que d’autres bĂątiments ont Ă©tĂ© dĂ©truits par des obus incendiaires.

MalgrĂ© le mythe populaire de la pĂ©troleuse, aucune femme n’a donc jamais Ă©tĂ© reconnue coupable d’incendie criminel dĂ©libĂ©rĂ©[4]. Gullickson suggĂšre que le mythe de la pĂ©troleuse faisait en rĂ©alitĂ© partie d’une campagne de propagande orchestrĂ©e par les hommes politiques versaillais, visant Ă  dĂ©peindre les Parisiennes de la Commune comme non naturelles, destructrices et barbares, pour donner la victoire morale aux forces loyalistes sur les Communards « contre nature ».

Le mythe a toutefois perdurĂ© jusqu’au XXe siĂšcle. Dans Paris mĂȘme, la vente de liquides inflammables fut interdite pendant plusieurs mois aprĂšs la fin de la Commune. Pour mieux comprendre la raison d’ĂȘtre de ce terme, il faut donc se replacer dans le contexte de l’époque et se rappeler que, les femmes n’étaient pas considĂ©rĂ©es comme membres Ă  part entiĂšre de la sociĂ©tĂ©, au contraire de la Commune qui instaura une meilleure paritĂ©, non acceptĂ©e par tout le monde[5],[6].

ProcÚs des « pétroleuses » du faubourg Saint-Germain devant le 4e conseil de guerre.

Littérature

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« J'ai été réjoui, ce matin, par l'histoire de Mlle Papavoine[7], une pétroleuse, qui a subi au milieu des barricades les hommages de dix-huit citoyens, en un seul jour ! Cela est raide. »

— Flaubert, Correspondance

  • Dans le roman-feuilleton La Porteuse de pain (1884), Jeanne Fortier utilise du pĂ©trole pour s'Ă©clairer en tant que gardienne d'une usine. L'usine est incendiĂ©e et Jeanne Fortier est condamnĂ©e Ă  tort en tant que pĂ©troleuse, mĂȘme si le mot n'est pas prononcĂ©. Dans l'adaptation tĂ©lĂ©visĂ©e de 1973, le caissier Ricoux traite Jeanne Fortier de pĂ©troleuse. Elle devient folle, et c'est un autre incendie, alors qu'elle est internĂ©e pendant la Commune de Paris en 1871, qui lui rendra sa raison : un incendie Ă  l'Ă©poque des pĂ©troleuses de la Commune. En fait de pĂ©troleuse, le vĂ©ritable incendiaire de l'usine et assassin du patron est un pĂ©troleur.
  • Dans son roman L’adolescent, DostoĂŻevski met le mot « pĂ©troleur » dans la bouche de Versilov lorsqu'il Ă©voque l'incendie des Tuileries pendant la Commune : « Moi seul, entre tous les pĂ©troleurs, pouvais leur dire en face que leurs Tuileries Ă©taient une erreur[8] » ; et un peu plus loin : « le pĂ©troleur n'agit que pour rĂ©clamer son droit Ă  un morceau de pain[9]. »
  • Dans les derniĂšres pages de La DĂ©bĂącle (1892), roman d'Émile Zola, lors de la Semaine sanglante, des exĂ©cutions sommaires ont lieu dans les rues de la capitale. Une femme et deux hommes, livrĂ©s aux soldats versaillais par des habitants du quartier, vont ĂȘtre fusillĂ©s. « Toute une foule violente s'acharnait contre la femme surtout, une de ces pĂ©troleuses dont la peur hantait les imaginations hallucinĂ©es, qu'on accusait de rĂŽder le soir, de se glisser le long des habitations riches, pour lancer des bidons de pĂ©trole enflammĂ© dans les caves. » (troisiĂšme partie, chapitre VIII)

Postérité

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Le terme de « pétroleuses » réapparaßt lors des évÚnements de Mai 68[10],[11] et dans les années qui suivent. Il est notamment utilisé durant cette période par un courant[12] de la tendance Lutte de classe du Mouvement de libération des femmes[13] composé de féministes parisiennes proches de la Ligue communiste révolutionnaire, qui prennent le nom de « pétroleuses »[14],[15]. Elles publient de [16] à le périodique Les Pétroleuses : le journal des femmes qui luttent[17], sous la direction de MichÚle Descolonges[18]. Il connaßt neuf numéros[19] à la parution irréguliÚre[12].

Le terme est toutefois également utilisé de maniÚre insultante par les détracteurs des féministes dans les années 1970[1].

Cette idéologie persiste jusqu'à nos jours[20] puisque le magazine Paris Match représente en 2000 Louise Michel comme incendiaire[21].  

Le groupe de punk britannique Petrol Girls tire son nom de ce mythe[22].

Notes et références

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  1. 1 2 Dominique Lagorgette, « La ou les pétroleuses ? Du politique au sexuel, et retour » (consulté le )
  2. ↑ Davidson 1998.
  3. ↑ Christelle Taraud, "Les PĂ©troleuses de la commune : "Amazones prolĂ©taires d'un diable socialiste"", in Christelle Taraud, FĂ©minicides, une histoire mondiale, Paris, La DĂ©couverte, 2022, p. 135.
  4. ↑ .EmmanuĂšle Peyret, « PĂ©troleuses de la Commune », LibĂ©ration,‎ (lire en ligne)
  5. ↑ Gullickson 1996.
  6. ↑ Édith Thomas, Les « PĂ©troleuses, Gallimard,
  7. ↑ Voir la page dĂ©diĂ©e Ă  Eulalie Papavoine sur le site de l'Institut international d'histoire sociale.
  8. ↑ « L'adolescent », TroisiĂšme partie, chapitre VII, II (BibliothĂšque de La PlĂ©iade, page 507).
  9. ↑ MĂȘme chapitre, III (page 509)
  10. ↑ « La grĂšve des hĂŽtesses d'Air Inter en mai 68 », sur L'HumanitĂ©, (consultĂ© le ).
  11. ↑ Michelle Zancarini-Fournel, « Genre et politique : les annĂ©es 1968 », VingtiĂšme SiĂšcle : Revue d'histoire, no 3,‎ , p. 133-143 (lire en ligne).
  12. 1 2 Naty Garcia Guadilla, Libération des femmes : le M.L.F., FeniXX, 152 p. (lire en ligne).
  13. ↑ Marie-Christine Granjon, « Le fĂ©minisme radical français », Raison prĂ©sente, no 34,‎ , p. 25-43 (lire en ligne).
  14. ↑ Jean BĂ©rard, « DĂ©noncer et (ne pas) punir les violences sexuelles ? Luttes fĂ©ministes et critiques de la rĂ©pression en France de Mai 68 au dĂ©but des annĂ©es 1980 », Politix, no 107,‎ (lire en ligne [PDF]).
  15. ↑ Fanny Gallot et Eve Meuret-Campfort, « Des ouvriĂšres en lutte dans l'aprĂšs 1968 », Politix, no 109,‎ , p. 21-43 (lire en ligne).
  16. ↑ Fanny Gallot, « L'ouvriĂšre rebelle au travail : objet ou sujet des discours fĂ©ministes dans les annĂ©es 1968 ? », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, no 125,‎ , p. 87-99 (ISBN 978-2-917541-46-3).
  17. ↑ Les PĂ©troleuses (Paris) sur data.bnf.fr.
  18. ↑ MichĂšle Jacobs-HermĂšs, « Mai 68 : quand les femmes des Beaux-Arts racontent la lutte », sur TV5 Monde, (consultĂ© le ).
  19. ↑ [PDF] Les numĂ©ros des PĂ©troleuses mis en ligne par le Centre de recherche pour l'alternative sociale.
  20. ↑ AnaĂŻs Bensaad, « « La ReprĂ©sentation des Communardes dans le roman français de 1871 Ă  1900 », Master 1, sous la direction de Isabelle Tournier, UniversitĂ© Paris 8, 2013 », Genre & Histoire, no 14,‎ (ISSN 2102-5886, lire en ligne, consultĂ© le )
  21. ↑ Robert Le Quillec, Bibliographie critique de la Commune de Paris 1871, La Boutique de l’histoire, , p. 130
    Paris-Match, n° 2658, 4 mai 2000, cité par l'auteur
  22. ↑ (en) « Petrol Girls stream their debut album exclusively with The Independent » [archive du ], sur The Independent, (consultĂ© le )

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Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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